20 février 2009
DE CESAIRE A DOMOTA
«Ils se sentent Français entièrement à part, et pas Français à part entière".
Césaire.
Pour avoir la paix aux Antilles où il y a le feu, Fillon proposait une augmentation de salaire proche des 200 € réclamée par le LKP, décision prise ensuite par le GRAND BEKE
Une reculade ? Non un foutage de gueule. Cette récente décision avait été acceptée et actée dans l'un des 132 points proposés ce qui avait engagé la parole du gouvernement,
A Paris, au cours de la journée de la rencontre à l’Elysée, les mesures souvent temporaires, qui ont été prises par l’équipe sarkozienne telle la suppression du 2ème tiers de l’imposition et la distribution de bons d’achats qui rappellent les bons de rationnements de la seconde guerre, s’appliquent bien entendu à nos concitoyens des Antilles. Alors, à quand cette aide augmentation des bas salaires en métropole ? République une et indivisible, mon œil. Frédéric Lefebvre (celui-là me sort par les trous de nez) a bien dit qu’il ne pouvait y avoir deux lois dans la République.
La condition humaine outre-mer est un scandale hérité de la période coloniale. Je me demande d’ailleurs si cette condition après l’abolition de l’esclavage est bien différente. En Guadeloupe on travaille toujours dur et mal payés dans les bananeraies (et dans la canne à sucre en Martinique) et ce sont les anciens maîtres qui sont les vrais patrons et propriétaires de la quasi totalité des terres. On peut imaginer des esclaves modernes avec la télé et des bagnoles, mais toujours enchaînés, les fers ont simplement changé de nom. Heureusement il y a la démocratie, des élections, des élus du peuple et des Préfets. Celui de la Guadeloupe va certainement être viré à l’instar de ses collègues qui n’ont pas pu éviter les troubles de l’ordre public. Dans son cas, c’est l’exil à vie qui l’attend.
Car pour ce qui est de troubles il n’y a pas beaucoup mieux, comme dans nos banlieues en flammes. Il n’y a plus d’Atlantique ! Je suis mauvaise langue mais je pense que les troubles sont concomitants avec l’arrivée de forces de police : pour un CRS, deux émeutiers. Pratique machiavélique qui consiste à noyer une révolte ou insurrection par un 'paroxysismisme' qui ira l’étouffer. Un seul mort et toutes les Antilles françaises sont en deuil.Que dis-je tous les DOM-TOM.
Un deuil ! Celui des 80 (à 200 selon les Guadeloupéens) manifestants assassinés par la police française les 26 et 27 mai 1967 sous le régime gaulliste en 1967 qui n’est toujours pas fait. D’ailleurs, la demande d’une commission d’enquête à ce sujet est inscrite dans les revendications soumises au gouvernement actuel
En mars 1967 à Basse-Terre, un riche « blanc pays », lance son chien sur un artisan noir. Colère des habitants, émeute. Le préfet déclare comprendre la colère populaire et jure que cet acte raciste sera puni. Mais contrairement aux promesses, les émeutiers seront condamnés à de fortes peines de prison.
Le 26 mai 1967, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, 5000 ouvriers du bâtiment sont en grève pour une augmentation de salaire de 2%. Le délégué patronal, un certain Brizard aurait lancé aux grévistes : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront leur travail »(1). Manifestation, à laquelle se joignent les étudiants. Jets de pierres et des bouteilles aux CRS. La police tire tuant Jacques Nestor, militant du Groupe d’ONG. Selon un observateur les ordres du préfet, captés sur la fréquence de la préfecture disent aux officiers CRS : « Faites usage de toutes vos armes ». Deux jeunes ouvriers sont tués ainsi qu’un promeneur. Révolte. Des véhicules sont brûlés, des boutiques incendiées et pillées. Plusieurs policiers sont blessés à coup de pierres et de sabre. Le préfet désarme les policiers noirs et fait appel à des gendarmes mobiles de Martinique et de métropole. Sous la direction du commissaire de police et du capitaine CRS, policiers et « képis rouges » se livrent à la « chasse au nègre ». Arrêtés au hasard, des personnes sont exécutées dans les locaux d’une gendarmerie. Des dizaines de personnes sont blessées, dont certaines mutilées à vie .
Le bilan de ces deux journées de répression n’est toujours pas connu, car de nombreuses familles ont inhumé secrètement leurs défunts et caché leurs blessés de peur des représailles. La presse métropolitaine a parlé de « sept morts et certainement plus ». Le nombre exact s’approcherait vraisemblablement de 85 victimes, reconnu voici une vingtaine d’années par un ministre socialiste des DOM-TOM. Les Guadeloupéens parlent de 200 morts. Je passe sur les lourdes peines infligés aux casseurs ce qui est normal, mais moins lorsqu’il s’agit de simples manifestants.
Pour les Guadeloupéens, le travail de mémoire n’a pas été fait. Chaque année, les 26 et 27 mai, certains d’entre-eux se rendent à la préfecture pour demander la création d’une commission d’enquête, pendant que les élus guadeloupéens observent un silence remarqué. Il est vrai qu’à l’époque, ils avaient signé un texte rendant les manifestants responsables du massacre.
Il a fallu trente ans pour que l’on reconnaisse le massacre des Algériens jetés à la Seine, combien de temps faudra-t-il encore pour que justice soit rendue, même symboliquement, aux victimes des événements de mai 67 ? Certainement pas aujourd’hui et pourtant cela ne coûterait pas un rond.
Le problème avec lequel va se colleter Sarkozy dépasse ses capacités d’action, c‘est un pan de notre histoire qu’il faut déterrer et qui nous ramène à la polémique soulevée par ceux qui voulaient que l’on inscrive dans les livres scolaires les « bienfaits » de la colonisation.
Derrière les revendications salariales et il y a une demande de reconnaissance. Et notre Sarko en leur parlant à la télé fut compatissant à pleurer. Il a fallu un mois de grève et un mort pour qu’enfin il regarde les Antillais dans les yeux. Il n’empêche encore une fois de plus, que si nos copains de là-bas n’avaient pas pris les choses en mains aucune des mesures annoncées n’auraient été offertes. C’est une donnée essentielle de l’histoire du monde ouvrier, jamais aucun patron, aucun état employeur n’aurait accepté la semaine de 40 heures, les congés payés, l’interdiction de faire travailler les enfants, la réalité syndicale et les médecins du travail. Etc. etc. Même sans la crise mondiale que certains d'entre-eux ont provoqué
Aux Antilles et en métropole, il n’y a que l’action qui paye.
Euh ! Et nous en fin de compte.
(1) Je cite, mais cela me semble un peu gros. Quoique ....
16:18 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : antille, guadeloupe, martinique, émeutes, dom-tom
12 février 2009
VA DONC EH ! BANANE
Alors qu’en métropole la rue montre sa détermination face à une politique qui ne tient pas compte de ses préoccupations.
Alors que malgré un discours qui se voulait rassurant, mais truffé de mensonges, (nomination du patron des chaînes télévisées publiques,) d’approximations, (l’allégement d’impôts et la suppression de la taxe professionnelle sans budgétisation) les métropolitains restent calmes. Les Guadeloupéens et Martiniquais prennent le train en marche des Guyanais et entament une grève soixante-huitarde depuis plus de 22 jours pour les plus déterminés. Evénement important dont on ne parla pas à la télé parce que non abordé par les journalistes cireurs de pompes.
Et pourtant ça barde plutôt là-bas, avec détermination certes, mais en chants et en danses ce qui est bien plus ludique que de se balader Bld Haussman avec des pancartes sous la flotte et j’en sais quelque chose.
En Guadeloupe tout d’abord la situation commençait à inquiéter l’Elysée qui envoie au bout de 15 jours l’ingénue Jégo sur place, lequel tente de faire pour le mieux et intègre dans les possibilités de l’arrêt du conflit, une augmentation des bas salaires de 200 € avec l’accord de principe du Medef local. A condition que l’Etat intervienne au niveau des charges. Paniquade générale à Paris et rappel au sifflet du rigolo Jégo qui est obligé de partir en catimini, ce que les Guadeloupéens prendront pour un affront. Jégo a mis les voiles disent-ils "Quand on a rendez-vous pour négocier, on ne se sauve pas comme un voleur" Petit commentaire provenant de là-bas :
"Il [Jégo] a aussi fait les vierges effarouchées quand il a su le prix d'une brosse à dents. pourquoi les brosses à dents? Il aurait pu prendre pour exemple [la différence de prix avec l’Hexagone] alors avec les brosses à dents, il pourra aller se brosser, le Jego."
En effet le sous-ministre s’était ému du prix en disant : "Quand quelqu'un trouvera une brosse à dents à 4 euros, il pourra appeler le numéro vert: un inspecteur ira contrôler et l'observatoire des prix aura le résultat de ces enquêtes." On voit bien ici la méconnaissance non seulement du terrain, mais les exigences des populations en sortant ce genre de truc.
Aussitôt, Fillon prend le volant et affirme qu’il n’est pas question que l’Etat interviennent dans le secteur privé dans les Iles. Deux cents euros cela devrait donner du grain à moudre pour les confédérations syndicales en métropole en Guyane et à la Réunion. Ségolène Royal prend la balle au bond et estime que la crise sociale dans les Antilles est peut-être le signe avant coureur de ce qui peut se passer ici. Et chez M. Jégo on faisait valoir que "la situation est de nature insurrectionnelle, et devrait nécessiter des mesures exceptionnelles.
Retour de Jégo en pleine nuit en Guadeloupe flanqués de deux conseillers, chargés en réalité de veiller au grain et de maintenir le Jégo dans les bonnes lignes.
A noter que les manifestations en Guadeloupe et Martinique se rassemblent bien au-delà de la sphère syndicale (comme ici) c’est toute la population qui s’insurge contre ce qu’elle appelle « la profitation » Les jeunes lycéens et les étudiants ont rejoint les manifestants à Fort-De-France.
Dans ces régions ultrapériphériques, l’isolement fait que les habitants sont à la merci des grands distributeurs, une poignée, surtout bien entendu dans le secteur alimentaire et le contrôle des prix presque inexistant. C’est la démonstration de l’ineptie du libéralisme et de l’économie de marché : tous les prix sont semblables car sans concurrence, ce qui donne lieu à des marges globales importantes, alors que l’on note une augmentation de la consommation du pain et une chute de l’achat de viande, un signe d’appauvrissement qui devrait servir de critère aussi en métropole d’ailleurs.
Spécificité martiniquaise
Michelle Alliot Marie, encore elle, mais jusqu’à quand ? a déclaré devant l’Assemblée Nationale qu’il n’y avait pas de problèmes en Martinique, parce qu’elle avait négocié une baisse des prix dans la grande distribution. Baisse éphémère car bientôt remplacée par une augmentation d’autres produits tout aussi essentiels y compris dans le hard discount.
Les Békés
Le problème que soulève cette quasi-insurrection est structurel et plus profond, c’est la main mise des békes sur l’économie du pays. Lorsque la population s’insurge contre la vie chère, elle s’insurge en même temps contre le véritable trust des blancs sur l’île, vrais patrons. Pas besoin pour eux de faire de la politique , ils sont les propriétaires de la quasi totalité des terres, du circuit de la distribution, de l’import-export, des transports, de la fabrication des produits alimentaires. Ils sont également les maîtres du marché international de la banane. La Martinique est sous la coupe d’une poignée d’individus, une communauté fermée au métissage et souvent raciste, descendants de colons français qui se sont illustrés par la traite des noirs importés d’Afrique à l’origine de ces fortunes actuelles.
Le carburant
Une note établie par la mission d'inspection mise en place par Jégo sur la fixation des prix du carburant aux Antilles et en Guyane s'avère accablante pour les compagnies pétrolières. Elle met également met en cause l'Etat : "Le dispositif actuel de fixation des prix par les préfets (...) prend l'eau de toutes parts" En réalité les services de l'Etat sont incapables de justifier la base de calculs servant à la fixation, par les préfets, des prix du carburant.
Par compagnies pétrolières il faut entendre une filiale de Total qui exerce un monopole de fait et qui se livre à une escroquerie que connaissent bien les transporteurs d’essence (d’où une fameuse perruque) : facturer le carburant aux stations-service sur un volume donné à la température de 18°, mais livré à une température ambiante autour de 30°, ce qui augmente son volume, et par conséquent son coût. La note relève également l‘enrichissement sans cause des pétroliers. La rentabilité s’étale entre 12 et jusqu’à 15%, au moins pour Total et aux détaillants. Les gérants reçoivent ainsi "une belle indemnisation de 150.000 euros en cas de départ définitif, et un petit bonus (de 15 à 20.000 euros) à chaque reconduction de contrat".
Les victimes sont les consommateurs et l’Etat et comme on ne peut pas le nier, Jégo ( décidément ce n’est pas sa semaine) parle d’un vrai problème de transparence et même un questionnement l’enrichissement des compagnies pétrolières". Il a même menacé que "tout pourrait se terminer par une action judiciaire de l'Etat contre elles ». CHICHE !
Je parlais plus haut des békés et de leur racisme inné ce qui a été illustré par une émission diffusée sur CanaL+ dans laquelle on voit un pépé dire qu’il s’agit de préserver la race blanche. Un Béké richissime, qui ne voit rien de mal dans ce qu’il dit certainement
Zorro est horrifié de ce qu’il entend, ignorant tout de la prédominance des blancs en Martinique espère une condamnation de vieillard qui exprime le sentiment de toute la communauté a souhaité qu'il fasse l'objet "d'une condamnation très forte".
Le parquet de Martinique a ouvert lundi une information judiciaire pour "apologie de crime contre l'humanité et incitation à la haine raciale"
Réaction du PCF
De la banane à l’essence en passant par la grande distribution aux mains d’une minorité blanche les DOM-TOM sont exploités et la population commence à trouver le temps long.
16:36 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, martinique, guadeloupe, dom tom, jégo, total






