09 novembre 2008

OBAMA ET LE PROCHE-ORIENT

OBAMA1.JPG

« Le droit de retour en Israël est quelque chose qui n’est pas une option dans le sens littéral », avait dit Obama lors de sa campagne, par la suite il a déclaré : « les Palestiniens ont un droit légitime de se soucier d’avoir un Etat avec un espace cohérent contigu qui permettrait à l’état de fonctionner efficacement ».
On peut dire qu’il ne se mouillait pas trop le bougre-girouette, maintenant il va lui falloir cesser de faire joujou sur ce sujet. A la surprise des observateurs palestiniens qui à plusieurs reprises citaient un Obama préoccupé par le sort des Palestiniens qu’aujourd’hui. Maison Blanche oblige, il semble plus proche de sa première déclaration que de la seconde.
L’administration Bush qui avait parié ou fait semblant de croire que la paix sera signée avant la fin du mandat, vient de déclarer que cela ne serait pas possible ce que nous savions tous : le quartet est dans les pâquerettes. Après la belle victoire électorale du nouveau maître du monde, nous l’attendront au tournant en ce qui concerne sa politique envers Israël et sa position sur la situation des palestiniens qui n’a jamais été aussi désastreuse.

En se penchant plus près sur ses déclarations pré-présidentielles, on s’aperçoit qu’il est aussi conservateurs (1) que les autres. Sur la situation au Proche-Orient petit florilège : «Israël est notre plus grand allié dans la région et la seule démocratie établie [...] nous devons préserver notre engagement total à l’égard de la relation de défense unique avec Israël en finançant entièrement l’aide militaire (programmes de défense anti-missile apparentés ) De tels systèmes avancés coûtant des milliards de dollars aideraient Israël à décourager les attaques lancées par missile d’aussi loin que Téhéran et d’aussi près que Gaza », a-t-il affirmé. (2) Il met donc dans le même panier les missiles potentiels iraniens et les bazookas trafiqués du Hezbollah qui n’est surtout pas en mesure de faire mieux et surtout pas d’envisager de se doter de missiles de grandes portées. Le coup des milliards de dollars est aujourd’hui bien compromis.
Pourtant, on retrouve là un grand politicien, lorsqu’il déclare en février 2008 « No one is suffering more than the Palestinians » (Aucun peuple ne souffre autant que les Palestiniens). De quoi reprendre espoir si ce n’est pas une phrase toute faite de stratégie électorale. Et si c’était un cri du cœur, c’est gentil, mais ça ne mange pas de pain. Aussitôt est lancée aux USA une rumeur sur ses véritables origines qui ne seraient pas très catholiques et la presse républicaine d’émettre des doutes. Nous avons vu ce que cela a donné.
Par contre j’apprends qu’il parraina conjointement un amendement au Code des pensions de l’Illinois permettant à cet Etat de prêter de l’argent au gouvernement israélien. Il ne sera donc pas étonnant d’apprendre que par retour d’ascenseur soit nommé à ses côté un bon sioniste de derrière les fagots.
Au moment ou je tapais ces lignes Obama offrait le poste de futur secrétaire général de la Maison Blanche à Rahm Emanuel. Fils d’un pédiatre israélien immigré à Chicago, Emanuel est resté très proche du pays de sa famille, où il est très connu et populaire. Membre de Anshe Shalom, une congrégation orthodoxe moderne à Chicago, il parle hébreu avec son père et a effectué une période de service civil en Israël durant la première guerre du Golfe et a soutenu la politique de Bush pour l’invasion de l’Irak.
Il dit que sa plus grande fierté était d’avoir organisé la rencontre Rabin-Arafat scellant, en 1993, les accords d’Oslo à la Maison Blanche (3). Il parle hébreu avec son père et a effectué une période de service civil en Israël durant la première guerre du Golfe. Aussitôt la presse israélienne s’enflamme, le quotidien israélien Yediot Aharonot rapporte d’un des proches de Rham, que ce dernier n’aurait pas accepté ce poste, s’il n’était pas convaincu qu’Obama est l’homme d’Israël. 
Ils n’ont pas traîné les amerloques... Seulement voilà ce que l’on ne criera pas sur les toits c’est que le père de Rahm était un membre actif de l'Irgun,  l'organisation terroriste sioniste qui faisaient sauter des hôtels, des stations de train, et d'autres bâtiments en Palestine dans les années 30 et 40. Ces précisions sont à prendre avec des pincettes car trouvé sur un site anti-israélien qui accuse Tel-Aviv d’avoir commandité l’attaque des tours de N.Y. Il suffit de faire la part du vrai et du faux pour avoir une opinion réelle sur la famille Rham.


En Palestine la foule toujours prompte à l’enthousiasme salue la victoire d’Obama comme un espoir de solutions à leurs problèmes. L’intelligentsia palestinienne beaucoup moins et espère que Barack Obama oubliera ses déclarations de juin à propos de Jérusalem, alors candidat, il avait expliqué la nécessité d'en faire la capitale indivisible d'Israël.(son équipe de campagne a par la suite tenté de rectifier le tir) Le même jour, les journaux annoncent en première page la mort de sept gazouis tués hier par des soldats israéliens.
En ce qui me concerne j’ai toujours en travers de la gorge la déclaration qu’a fait Barack à Jérusalem : "Au cours des 60 ans (d'existence d'Israël), président (Shimon) Peres, vous avez été profondément impliqué dans ce miracle qui s'est produit [...].

OBAMA ET LA QUESTION RELIGIEUSE.
obama-religion_article.jpg
Aux USA, foi et politique sont étroitement liés, l’élection présidentielle a reflété ce trait spécifique de la vie politique américaine. Lors de la précédente campagne, John Kerry, le perdant, n’avait pas insisté sur cette question ’abandonnant comme la « gauche » les thèmes religieux. Malgré cela lorsque son confesseur Jeremiah Wright à déjanté grave comme dirait ma petite fille, il n’a pas hésité à le virer.

Bien que l’opinion américaine tend à intégrer les idées nouvelles concernant l’avortement thérapeutique et l’homosexualité, la question religieuse a été présente lors de cette campagne Barack Obama, qui a tout pigé a fait référence à la Bible dans ses discours sur l’économie ou la guerre en Irak, conscient que pour rassembler il ne fallait pas éluder cette question. « Ma foi chrétienne influe sur tout ce que je fais" disait-il.
Il déclare par contre qu’un président ne peut  « imposer ses croyances religieuses aux dépens des autres croyances », il n’a cessé de valoriser le rôle social des Eglises dans la société civile. Ce qui s’explique par son manque d’origine religieuses exclusivement chrétiennes. Né de père musulman, il s’est converti sur le tard et malgré tout il l’a emporté, surtout chez les moins de 30, 40 ans, jusque dans les Etats acquis à Bush, ce « born again » depuis 2000 et dans les communautés évangéliques qui représentent 70 millions d’électeurs, aujourd’hui il a totalisé cinq à six points de plus que le démocrate John Kerry en 2004 dans tous ces Etats du Sud où l’influence de la Bible et des prédicateurs est prédominante, et prêtera serment sur la bible.



(1) Il a voté en faveur d’une loi des Républicains autorisant la construction d’une clôture de 700 miles sur la frontière avec le Mexique et pour le renouvellement du Patriot Act. On ne connait pas sa position concernant la peine de mort. Pas étonnant personne le  lui a posé la question
(2) En 2007 devant un parterre de personnalités de l’Aipac, l'American Israel Public Affairs Committee, l’élément le plus puissant du lobby pro-israélien aux Etats-Unis.
(3) En réalité il dirige les détails de la cérémonie, à la chorégraphie de la célèbre poignée de main entre le Premier Ministre israélien Yitzhak Rabin et le Président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat. Petite précision, il a été salarié  à la Dresdner Kleinwort. banque d'investissement à Chicago, où il a travaillé de 1999 à 2002 et aurait gagné 18 millions de dollars.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://atheologie.hautetfort.com/trackback/1889278

Commentaires

Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, mais je prêche apparemment dans le désert : Obama n'est pas de gauche !

Transposé dans la politique française, il est à classer, selon certains politologues (et je les rejoins), à la droite de l'UMP,... Sarkozy se trouvant au centre !

Certes, il est (beaucoup) plus intelligent que Bush, mais être un orateur charismatique (électrisant les foules) hors pair (comme Sarkozy) ne signifie pas que c'est l'apôtre qui va révolutionner le monde !
Je commence même à me demander si ça ne sera pas « une coque vide », plus préoccupé à se faire réélire dans quatre ans ?!

Son choix de Rahm Emmanuel comme Secrétaire-général de la Maison Blanche signifie un choix clair et net de soutien à la politique israélienne actuelle et je suis assez pessimiste pour les Palestiniens pour les quatre... à huit ans à venir !

A propos de la peine de mort, il est …pour !
Beaucoup d’innocents, dont une majorité de Afro-américains, qui croupissent dans les geôles américaines (estimés à 10-15%) se feront donc encore « griller » sous sa présidence !

Par contre, j’ai des doutes si « sa croyance » de « New Born » ne faisait pas parti du stratagème pour se faire élire !
Les athées ou agnostiques (et même pour les catholiques c’est difficile) n’ont aucune chance de se faire élire dans cette Amérique hypocrite ou 80% de la population a tendance à mettre dieu à n’importe quelle sauce pourvu que ça les arrange !

Les « habits » ne font pas nécessairement le moine et l’Obamanie risque de se terminer pour beaucoup en cauchemar !

Ecrit par : Jphn | 10 novembre 2008

Ton message a le mérite d'être clair ! Moi ce qui me dérange le plus, c'est tout ce fric dont il a été capable de disposer pour sa campagne. Je crois que cela bat tous les records et il le doit forcément à des gens qui auront barre sur lui. En outre, tout cela me paraît manigancé de longue date car pour lui faire face, le parti républicain semble bien avoir évincé des candidats sans doute plus valables que Mc Cain septuagénaire rafistolé de tous les bouts en rémission cancéreuse de surcroit, flanqué d'une impossible vice-présidente, aussi nulle que répulsive. Bref, je n'y ai pas cru à cette élection tout d'abord et puis après coup, tout cela me semble monté avec une précision qui ne permettait pas la moindre surprise. Si on n'avait pas été certains du résultat les médias auraient ils adhéré comme ils l'ont fait or ils sont toujours à la solde du gagnant. Par ailleurs, que penser des votes électroniques ? Non, c'était l'homme du moment et il fallait que ce soit lui. Quant à la suite ? ...

Ecrit par : simone. | 10 novembre 2008

Je n'irai pas si loin que toi, car si certains états clés n'aient pas plié en faveur d'Obama, ça aurait pu être McCain, même avec une majorité de votants pour Obama!

McCain a choisi Palin, pour contrer un peu son image d'"intellectuel" et essayer d'avoir "l'Amérique profonde" (blanche, raciste, patriotique, paumée, très peu instruite, très croyante, « pro life »,...) dans sa poche !

Pari raté !

Ecrit par : John | 10 novembre 2008

Ne nous leurrons pas, Obama drivera la même Amérique avec quelques blacks en plus, c'est tout mais j'ai bien peur qu'il les déçoive ...

Ecrit par : S ... | 10 novembre 2008

*John. « Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, mais je prêche apparemment dans le désert : Obama n'est pas de gauche ! »
Pas dans le désert puisque je partage cet avis dans mes posts. Je le compare quant à moi à Bayrou, Sarko étant de la vieille droite bien réac. Sans gober tout ce que l’on entend il ne faut pas charrier. Préoccupé de se faire réélire ? Plutôt par les flingues qui sont pointés sur lui. Par contre je suis d’accord et le répète il n’est président que par la volonté du trust militaro-industriel qui fait et défait les présidents.

*Simone
Certes le pognon fait l’élection mais ne pas omettre que c’est également un événement c’est les dons de la communauté noire et pas seulement la classe moyenne black. ET puis il ne faut pas trop faire de complotisme, on dirait que la mère Clinton n’a pas été sa rivale qui elle était soutenue par les gros bourges démocrates.
De plus la tradition (?) veut qu’il y ait alternance, ce qui pourrait faire croire qu’il y a manigance, tant Mac Cain, un héros là-bas, pour nous Français manquait d’envergure. Mais non, l‘Amérique profonde du cow-boy genre Bush a voté comme un seul homme et je persiste à croire que la candidature de la mère Palin (répulsive, j’aime) lui a permis, en voix, de ne pas être ridicule.
L’homme du moment, un café au lait en Amérique ? Je n’en suis pas sûr du tout.
Et bien entendu, tout le monde déchantera, mais cette élection restera pour des raisons symboliques dans l’histoire. Hier je l’ai vu déambuler dans les couloirs de la Maison Blanche avec Bush, et soudain j’ai réalisé et vu un président black. Ca fout un coup tout de même..

Ecrit par : Teddy | 12 novembre 2008

Ecrire un commentaire