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08 avril 2008
INGRID BETANCOURT ET LES FARC
Je ne voudrais pas passer pour celui qui, comme le disait Pierre Dac est « Contre ce qui est pour et pour ce qui est contre » mais à voir tout le cinéma autour de madame Betancourt, alors que jamais nous avions vu un tel chambard pour d’autres otages, cela m’interroge. Aïda Duvaltier, 71 ans, aujourd’hui décédée, était aussi détenue depuis 2001 par un groupe de guérilleros. Manifestement sa famille n’avait pas les mêmes moyens financiers et les mêmes soutiens du Showbizz (1) En avait-on fait autant pour Florence Aubenas ?
Il me semble donc qu’il serait bon tout de même de remettre les choses à leur place avec lucidité et surtout avec calme. D’autant plus que nous voyons Sarkozy, qui ne semble rien comprendre à ce conflit interne, jouer le matamore et qui passe aux yeux des Farc pour un ingénu ! Et l’envoi d’un jet médicalisé une belle connerie. Chacun peut imaginer le sort de cette guérilla dès la libération d’Ingrid, ou sa mort : l’éradication par l’armée colombienne.
Je n’ai bien entendu rien contre cette otage, au demeurant assez sympathique, mais il faut raison garder et relativiser
Tout d’abord un mot sur les Farc. Forces armées révolutionnaires de Colombie
C’est la principale guérilla impliquée dans ce conflit armé. Créées en 1964 sur les décombres d'une éphémère République de Marquetalia par Jacobo Arenas, missionné par le Parti communiste colombien, pour chapeauter différents groupes paysans de guérilla repliés dans les montagnes.
L'organisation s'est lancée dans les années 1990 dans une relance des actions violentes qui a valu aux Farc d'être reconnue en 2005 comme organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne. Leur seul but, la création d’une zone démilitarisée et l’organisation d’élections, plus démocratiques. En échange de la libération de Betancourt, ils désirent que l'Union européenne retire les Farc de sa liste noire des groupes terroristes. Etre ainsi reconnus en tant que belligérants, dans le cadre de la convention de Genève. S’inspirant de Simón Bolívar, leur vocation : « Est de combattre le despotisme de ceux qui pensent que gouverner se réduit à l'acte ignoble de réprimer sauvagement les expressions de non-conformité qui surgissent, inévitablement, conséquence de la faim et de la misère imposée aux majorités populaires ». (2), Le président Uribe mène depuis 2002 une lutte militaire contre la rébellion. En 2008 plusieurs des chefs des Farc sont tués, y compris Paul Reyes N2 du mouvement, qui n’est pas un tendre non plus, crasse compromettant alors la suite des pourparlers pour la libération de Mme Betancourt, ce qui est d’une intelligence. A noter que l’opinion publique en Colombie est très majoritairement hostile à ce mouvement. Selon un sondage Gallup, les Farc ne dépassent pas les 1% d'opinions favorables et lors de la manifestation du 4 février 2008, près de deux millions de Colombiens sont descendus dans la rue, protestant contre les actions des Farc et ses prises d'otages. Enfin, il faut savoir que le financement de la logistique est assuré par le trafic de drogues. Bref, une bande de gueux désemparés et paumés
Ingrid.
A force de voir l’image d’une captive comme tant d’autres, on pourrait croire qu’il s’agit d’une révolutionnaire ou d’une opposante à un régime dictatorial cher à l’Amérique du Sud, un « Che Guevarra » au féminin en quelque sorte. Notre otage nationale (Française par mariage) est issue d’une famille très bourgeoise et elle de déroge rien en cela au cours de sa jeunesse plutôt dorée. Dans la haute bourgeoisie on a des Betancourt qui se lancent dans la politique, comme les dames patronnesses qui font de la charité. Son père ayant été, sous la dictature de Pinilla, devint ambassadeur de la Colombie à l’UNESCO, elle dénonce le système politique de ce pays comme mauvais ce qui est vrai d’ailleurs. (Pots de vin qui affluent et où les caisses électorales sont remplies par les patrons), elle s’attaque aussi à la mafia qui règne sur ce sous-continent. Toutefois, pour sa campagne elle n’hésitera pas à faire appel à des fonds d’origines capitalistes, qui par là tentent de se prémunir contre un possible renversement de régime. En 1990, elle entre au ministère colombien des Finances, élue députée en 1994 et crée son parti, Oxígeno Verde, en 1998 et élue sénatrice la même année.
Bref, elle se range dans la lignée politicienne tout simplement, son programme ne tend tout de même pas à renverser le système politique, mais à préserver un capitalisme à visage humain, qui cherche à conserver les privilèges de l’élite du pays. Nous sommes bien loin du Che.
Il n’empêche que le sort que lui réservent les Farc est à condamner, sans tergiverser et sans conditions. Aucune cause ne mérite de tels agissements.
(1) Sa famille déclarait ceci : « Nous avons tout essayé, de contacter les médias, les autorités, de distribuer des tracts avec la photo de maman, d’ouvrir une ligne gratuite pour avoir de ses nouvelles, d’implorer l’aide de différentes communautés, mais en vain. C’est un calvaire » Depuis des années, les personnages politiques français qui se déplacent à Bogota pour demander la libération d’Ingrid Betancourt, oublient étrangement, toujours, cette triste affaire.
2) « Raul Reyes et Andrés Pastrana [dialogues 1998-2002]
11:02 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note





Commentaires
Tout à fait d'accord avec la dernière note sur Ingrid !
Force est de constater que même là, le proverbe "si on est riche ou pauvre, si on est connu ou pas, si on appartient à la haute bourgeoisie ou pas..." est applicable!
En plus, je crois que la pauvre Ingrid aurait déjà été libérée depuis belle lurette, si on n'avait pas fait autant de tapage autours.
Pour la guérilla la prise est trop belle et les enchères montent chaque jour !
Comme le dit Teddy, les Farcs ont peur, Ingrid libérée, d'une offensive massive de l'armée colombienne et des forces para-militaires d'extrême droite.
Quoi que Uribe promette, on sait qu'il n'est pas digne de confiance !
Et Sarko ?!
PS : Les Farcs demandent que les guérilleros emprisonnés soient relâchés dans une zone démilitarisée en Colombie (pour qu’ils puissent rejoindre de nouveau la guérilla) et non en France où ils ne servent à rien et où ils ne sont peut-être pas si protégés que ça (voir les anciens des Brigades Rouges, accueillis sous l’ère Mitterand et pourchassés sous Sarkozy ! )
Ecrit par : John | 08 avril 2008
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