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03 avril 2008
SECTARISME ET CREDOPATHIE
On sait maintenant, du moins pour ceux qui me lisent, que j’associe la croyance en Dieu (x) et la crédopathie, laquelle consiste à croire à tout ce qui est à portée de main, de merveilleux et surnaturel, qui va de la croyance à l’astrologie, ce qui n’est pas nouveau, mais également aux sectes et autres médecines parallèles qui pullulent.
On se souvient de la sortie de la directrice de cabinet de Sarko qui affirmait que les sectes n’étaient pas un problème. MAM, ma tête de turc, affirmait pour sa part, que la Miviludes (Organisme d’état chargé du contrôle des sectes) ne servait à rien, n’ayant pas vocation à réprimer. Jean-Michel Roulet son président dans son rapport annuel leur réplique en affirmant que «L’Etat ne peut pas, ne doit pas se désintéresser de la lutte contre ces mouvements qui déploient des moyens considérables pour pouvoir se livrer, en toute impunité, à leurs activités malfaisantes.». Il dénonce les techniques d'autosuggestion (hypnose, sophrologie, psychogenéalogie...et autres conneries à la mode), des thérapeutes peu scrupuleux qui induisent chez leurs patients des faux souvenirs, en les amenant à se rappeler d'abus imaginaires, donc inoculés, faux souvenirs induit selon la terminologie psychiatrique, souvent à caractère sexuel subis dans la petite enfance. Tout çà pour du fric.
On peut y lire également que ce genre de bourrage de crâne a été importé des USA dès les années 50 avec le new-age et « progresse de manière inquiétante » dans l'hexagone. Que les sectes touchent 80% des jeunes femmes vulnérables, qui ont fait des études supérieures..
Particulièrement visés, la scientologie et les Témoins de Jéhovah, ce rapport les accuse de mener, avec d’autres mouvements comme la secte Moon ou les raéliens(1), un «travail de sape contre la politique française de lutte contre les sectes et de tous ses acteurs». Ces supercheries pratiqueraient un «lobbying intensif» au sein d’instances internationales. «Au plan national, des lobbies (voire même certains universitaires) les relayent», poursuit la Miviludes» et le tout sous la bannière des droits de l’homme, invoquant la chasse aux sorcières ce qui est le cas, moins les tortures de l’Inquisition.
«Il y a en France des centaines de milliers de victimes de groupes sectaires » affirme Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, confortant ainsi son collègue. Il va d’ailleurs présenter aujourd’hui aux députés une proposition de loi visant à accorder aux témoins des commissions d’enquête parlementaires la même protection juridique qu’aux personnes appelées à témoigner devant les tribunaux. Faisant suite aux propos de Nicolas Sarkozy sur la «laïcité positive», beaucoup craignent qu’au nom d’une conception de la liberté de conscience inspirée du modèle américain, la France n’ouvre la voie à un retour en force des religions.
MAM, ainsi que Emmanuelle Mignon, doivent bouffer leur chapeau, celui que la première avait sur la tête à Londres.
La commission en profite pour signaler l’entrisme sectaire dans le système des ventes dites « pyramides » genre Tuperware, pour inciter les gogos à lâcher du blé. Car, outre le fait d’asservissement mental, il ne s’agit que d’une « Pompe à Phynance » chère à Ubu.
Devrions nous plaindre les gugussses, adeptes et fidèles de ces machins, qui se font avoir ? Ce n’est pas si facile. Face à déliquescence de la pensée religieuse, et c’est tant mieux, l’Occident est envahi par de nouvelles pseudo-églises qui viennent s’ajouter à des mouvements plus anciens comme les Mormons ou autres scientologues. Un vide se crée entre la réalité du monde et les promesses des religions traditionnelles, alors tous les imposteurs se ruent pour le combler.
J’ai, il y a quelques années écris un opuscule qui retrace entre-autres, toutes les dérives sectaires les plus en vue. Certaines sont croquignolesques et d’autres mortifères. En conclusion je proposais les mesures suivantes à prendre contre toutes les endoctrinements religieux (et les autres bien évidemment) :
LES SOLUTIONS
1/ L’âge de la catéchisation des enfants est fixé à l’âge légal d’émancipation, reconnu en France par exemple en matière de choix de nationalité. Soit 13 ans.
2/ Un temps de paroles et d’images médiatiques, égal à celui octroyé aux diverses confessions sur le réseau hertzien ou radiophonique publique, sera dévolu aux organismes de libres pensées, laïques et civiques.
3/ Seront évacués du champ d’application de la loi dite de 1901, les mouvements ou sectes qui s’adonnent au prosélytisme
4/ Les dirigeants ou fondateurs de ces organisations seront auparavant légitimés au même titre que les éducateurs qualifiés. Qu’il soit fait état de leurs antécédents, judiciaires, personnels et professionnels.
5/ Tous les procès en cours seront menés à leur terme, en fonction d’une législation plus coercitive. A charge pour le ministère de la Justice et de son ministre.
6/ Un engagement contractuel sera pris entre les disciples, les fidèles et les Eglises, garantissant le libre choix de départ. En quelque sorte que ces mouvements seront assimilés, à des clubs, des cercles ou des écoles privées.
7/ Le contenu pédagogique sera en parfaite adéquation avec les directives de l’Education Nationale et lui sera soumis pour homologation.
8/ Un comité d’éthique sera créé et souverainement capable d’intervenir. Ce comité sera paritaire et comprendra des sommités du monde laïc, confessionnel et sectaire, comme définis par loi.
SOCIALES
Contre le danger que peut apporter une dépendance de l’individu, il est de première instance d’éviter l’embrigadement dès la plus jeune enfance. La catéchisation par exemple, qui peut paraître libérale, n’est ni plus ni moins qu’un racolage et un endoctrinement. Chez un jeune sujet la liberté de jugement est certes indispensable, mais aliénable. Il est nécessaire de bousculer certaines habitudes qui passent pour des évidences.
ECONOMIQUES
L’Histoire nous montre que, à plusieurs endroits et à plusieurs moments, l’émergence des sectes coïncident avec les crises économiques qui poussent vers l’irrationnel. Ce qui fut vrai pour l’Allemagne des années 20. Le Crack de 1929 aux Etats-Unis engendra un élan vers le surnaturel et le merveilleux. Le libéralisme économique propose à l’individu de répondre à son instinct crédopathe par des solutions qui consistent à lui tirer de l’argent, de le racketter plus exactement. Le pactole pour les gourous, car l’irrationnel est rentable. En ceci encouragé par les médias avides de faire vendre. On sait que programmer de telles âneries à la télévision rapporte plus qu’un programme culturel.
Cela ne vaut peut-être pas tripette, anachronique et trop coercitif, mais au moins un terrain de discussion.
Une nouvelle polémique sur ce blog ?
P.S Je ne sais pas si catéchisation est français, mais comme je fais dans la néologie teddyenne, j'adopte.
(1) En ce qui concerne le satanisme, je pense qu’il n’y a pas le feu au lac, mais il faut s’inquiéter, de même que les expériences d’enlèvements par des extra-terrestres. Raël où es-tu ? Reviens !
15:44 Publié dans PHILOSOPHIE RELIGIONS | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : religion, sectes, jehovah, scientologie, christianisme, crédopathie





Commentaires
Le Satanisme moderne, fondé par LaVey, est le plus répandu. Il place le sentiment de divinité en soi-même, cultive l’ego, "Satan étant l’incarnation des instincts charnels de l’Homme et l‘affirmation de sa volonté".
Le satanisme moderne prône une liberté totale de l'individu et s'insurge contre tout dogme religieux.
En ce sens, le satanisme se rapproche de l'athéisme...
Alberto avait donc raison...
Ecrit par : John | 03 avril 2008
John, Dieu et Satan sont indissociables puisque l'un est le reflet inversé de l'autre. par conséquent aucun rapport avec l'athéïsme : C.Q.F.D.
Oui, oui, c'est comme ça, j'ai l'esprit contrariant ce matin ! - Au fait, tu as compris ma blague concernant Hua Kuo Feng ou bien faut-il que je te fasse un dessin ?
Le voici : quand à une sinistre époque quelqu'un proférait Heil, celui qui lui faisait face répondait : Hitler.
Là, le petit cabot fait : HuuuA ! et en entendant cela, le garde rouge répond : ... Kuo Feng. Cà ne te fait toujours pas marrer ? Moi quand j'ai vu le dessin, j'étais pliée en deux. A chacun son humour, il est vrai.
Ecrit par : simone | 04 avril 2008
C'est le moment de lire la prise de position de la LICRA sur les travaux de l'ONU.
C'est un peu long mais quand vous aurez lu le passage suivant :
"La confusion des esprits est à son comble quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion",
ou encore : "Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent systématiquement les démocraties occidentales."
vous aurez compris ce qui se trame.
http://www.licra.org/index.php?old_navigator=true§ion=detail&id=3000
Ecrit par : Pierre kubick | 04 avril 2008
@Simone
Pour être contradictoire...je dirais que t'as raison quand il s'agit du satanisme traditionnel et non celui fondé par LeVey!
A propos de ta blague,... je ne vois toujours pas !
Ecrit par : John | 04 avril 2008
Pierre, je reste persuadée que les religions ne devraient jamais déborder du cadre privé. Si les convictions restaient intimes, elles ne subiraient aucune attaque ! Cela permettrait d'éviter cet amalgame : racisme-religion. Actuellement on veut que tout le monde se ressemble alors que la richesse vient de la diversité. Cette mondialisation n'est rien d'autre qu'un écrasement de l'individu en prévision d'un gouvernement mondial. Le processus me paraît dangereusement engagé sur cette voie ... A nous de freiner.
John. Pour la blague : laisse béton ! Il fut une époque où je hurlais de rire en regardant Jerry Lewis et mon compagnon voyait cela avec consternation. Quant à LeVey comme le satanisme m'intéresse à peu près autant que la bondieuserie je ne maîtrise pas le sujet mais par curiosité, je vais pallier cette lacune (en survolant, bien sûr) Et Teddy ? ... Il joue les lecteurs, ce matin ? J'essaie de rattraper le retard mais ne voudrais pas (une fois de plus) jouer les envahisseuses ...
Ecrit par : simone | 04 avril 2008
Bonjour,
permettez tout d'abord que je reprenne ce que vous définissez sous l'appellation d'athéologie, dans votre "à propos" : "L'athéisme n'a pas pour seul but de nier l'existence des dieux, ou d'un dieu, mais de lutter également contre l'irrationnel." "Athéologie" ? Théologie munie d'un a privatif... ou étude de l'athéisme ? Ce qui revient sans doute au même ! Savez-vous que je vous rejoins tout à fait, concernant deux points sur trois de votre définition ? Je nie l'existence des dieux, et je lutte contre l'irrationnel comme ce n'est pas permis. J'irai même jusqu'à abonder dans votre sens, fustigeant ce que vous appelez fort justement la crédopathie. Ce terme est intéressant à beaucoup de points de vue, à ceci près que moi je le distingue de la croyance en Dieu. Que voulez-vous : deux points sur trois signifient que le troisième point va nous amener à quelque divergence de vue ! Ce que vous appelez la crédopathie, je dénomme cela la crédulité. Voilà qui tombe bien : j'ai un peu évoqué le sujet dans mon post du 30 mars, intitulé : "La paix du ménage". Je vous invite à aller y voir, mais faites attention : il vous faudra en effet passer au-dessus de l'Évangile du jour ! Pour vous consoler, je voue aussi quelque prédilection à certaines médecines parallèles... et pas nécessairement de celles qui attirent le plus spontanément l'attention. C'est que la lutte contre l'irrationnel se niche parfois au CŒUR d'un apparent rationnel...
Mais pour en revenir à la crédopathie, on n'a rien inventé. Voltaire, Diderot, Feuerbach et bien d'autres n'ont pas trop mal perçu certains travers de leurs contemporains croyants. Ils ont simplement absolutisé ces travers, ne voyant plus qu'eux... et transformant ainsi les croyants en crédopathes : la métamorphose du cloporte à rebours ! La faute à qui ? À Voltaire ? Non : aux croyants eux-mêmes, dont le témoignage s'apparente plus volontiers à un contre-témoignage. Il y a in fine comme une exigence de sainteté (pardon pour ce qui risque d'être pris comme un gros mot chez vous !) de la part de l'athéologue vis à vis du croyant ! Fais ce que tu dis... et on te croira peut-être. La foi comme une espèce de consolation des malheurs du temps et l'aspiration à un bonheur exclusivement futur, oui c'est de la crédopathie ! La foi comme outil d'asservissement de masse, oui c'est de la crédopathie ! La foi comme un cocon rassurant où l'on se tient les coudes entre frères, alimentant davantage une dynamique d'exclusion que d'évangélisation, oui c'est de la crédopathie !
Pour ma part, je ne renie ni le crédo ni le pathos : je les RELIE plutôt que de les opposer. Je sais bien que l'on voudrait que ce soit l'homme qui aie inventé Dieu : Dieu, projection de l'homme. C'est notamment la thèse d'un Feuerbach. J'y vois plus sûrement la projection de la crédopathie ! Sûr que le Dieu dont témoigne un "crédopathe" est à fuir à toutes jambes ! Maintenant, le croyant le plus maso aurait été bien incapable d'imaginer un Dieu qui s'incarne... et qui se laisse librement désincarner. Question pathos, savons-nous quelle est la région du corps qui réunit la jonction des nerfs les plus sensibles à la douleur ? C'est le POIGNET : y passe le nerf médian, le plus cruellement douloureux quand il est atteint. Imaginons par exemple un clou qu'on enfonce dans chacun des DEUX poignets d'un homme : cela fait mourir à petit feu, après d'indescriptibles et atroces souffrances. Et je ne parle pas de celles qui ont précédé (multiples flagellations, tête ceinte d'épines) ou qui accompagnaient (suspension du corps à un gibet, clous également aux pieds...). Quel ayatollah sadique aurait pu imaginer un tel raffinement de cruauté pour décrire la désincarnation d'un Dieu ? Quel fondamentaliste aurait pu seulement concevoir un tel Dieu qui s'écrie : "Mon Dieu, mon Dieu : pourquoi m'as-Tu abandonné ?" Question marketing religieux, tout ceci n'est pas franchement porteur... même avec la Résurrection qui suit ! QUI aurait pu "projeter" -façon Feuerbach- un tel Dieu ? Question pathos, nous qui nous précipitons chez le pharmacien au plus petit bobo sommes bien mal placés pour donner des leçons de souffrance à un Dieu soi-disant indifférent ou imaginaire...
En revanche -et c'est là où nous nous rejoignons-, cela montre que la foi est INCARNÉE ou elle n'est pas. Elle devient crédopathie quand elle est désincarnée, quand elle désincarne... ou pire, quand elle incarne le CONTRAIRE de ce qu'elle prône. Et ça, c'est toute l'Histoire de l'Église, catholique et autres. Que voulez-vous : aussi légitimes soient vos exigences de "perfection" dans un témoignage de foi plus authentique, là je crains que cela ne soit pas pour tout de suite. C'est que la tentation d'être du monde quand on est DANS le monde est toujours récurrente ! L'incarnation de la foi est un risque : ce risque, on le prend ou on ne le prend pas. Mais quand on le prend, on a un mal fou à l'assumer jusqu'au bout : la vie n'est pas un long fleuve tranquille, mais l'arène d'un combat permanent truffé de victoires et de défaites. Une laïcité bien pensée serait justement de laisser chacun libre de ce choix DANS LES DEUX SENS. Et là, les exigences se partagent entre gens de bonne compagnie ! Il y aurait peut-être moins "d'imposteurs à se ruer" dans des vides spirituels qu'ils prétendent combler si ces vides étaient moins vides. La nature a décidément horreur du vide...
Navré d'être venu ternir un peu votre plaisir de "la déliquescence de la pensée religieuse" : sans rancune !
Un penseur libre et pacifique dans le monde du blog
Ecrit par : MDT | 04 avril 2008
Petit ajout pour Simone : étymologiquement, la religion c'est ce qui RELIE les hommes. Expliquez-moi comment vous réussissez ce prodige, de relier les hommes entre eux sans "jamais déborder du cadre privé" ? "Intime" ou pas, toute conviction est appelée à se confronter au réel qui l'entoure : un réel justement riche de diversité comme vous le soulignez ! Une "conviction" qui ne subit aucune attaque n'intéresse certes pas les prédateurs, mais elle est la proie rêvée des charognards. Mais vous avez raison : la première des convictions à défendre, c'est celle de nos légitimes différences. Je vous le concède : à nous de freiner. Mais où sont les freins, quand les convictions... restent intimes ?
Ecrit par : MDT | 04 avril 2008
Effectivement Simone, je pense que la foi (en quoi que ce soit) relève de la sphère privée.
Qu'il est légitime que des croyants qui partagent la même foi se retrouvent ensemble dans une religion et éventuellement un lieu de culte.
Ce qui peut tout à fait se faire de manière privée dans une religion et des lieux de culte financés par les fidèles.
Et puis il y a ceux qui vivent une foi et qui veulent s'engager au nom de cette foi dans la défense de valeurs universelles, de valeurs démocratiques que seule la laïcité représente.
Dans ce cadre, peu importe la raison ou la foi qui meut les êtres, seuls comptent les actions, les actes qui défendent ces valeurs universelles .
J'aime bien cette définition de la Laïcité de Pascal Durant, philosophe : ""Je ne connais pas, pour ma part, de meilleure définition de l'humanisme laïque que la phrase de Mallarmé : "L'homme est la source qu'il cherche". Autrement dit, il n'y a pas en amont ni en aval de l'homme quelque instance ni quelque loi qui détienne la clé de son destin, ni le sens de son cheminement. L'homme n'est pas fait, il est à faire, et c'est à lui seul qu'il incombe d'en entreprendre la tâche. L'effort en implique évidemment de lutter, avec toute l'énergie possible, contre les forces d'endoctrinement qui menacent sa liberté, qu'elles s'exercent du dehors, par le fait des dogmes religieux, politiques ou économiques, ou de l'intérieur, par la soumission toujours renaissante de notre spontanéité aux devoirs inculqués, aux rôles définis, aux valeurs préfabriquées. En ce sens, la laïcité ne se réduit pas à l'offensive, nécessaire, contre l'embrigadement religieux et les superstitions de tous bords, ni à l'application du libre examen à toutes les sphères de pensée et d'action. Elle suppose également que l'homme libre prenne conscience que sa liberté n'est pas un donné, mais une prérogative à conquérir. Je ne pense pas, comme Sartre, que l'homme soit "condamné à être libre". Si la formule vaut au plan métaphysique, elle se délite au plan des pratiques sociales. Et Sartre le savait bien qui passa de l'ontologie générale exposée dans L'Etre et le Néant à la sociologie pragmatique de sa Critique de la raison dialectique. L'homme se fait libre, il ne l'est pas par nature ("nature", en ce cas, serait une sorte de biologisation du principe divin)."
Il y a donc des athées, des chrétiens, des juifs, des musulmans laïques.
Ecrit par : Pierre kubick | 04 avril 2008
MDT, je ne voudrais surtout pas priver Teddy du plaisir de vous répondre ... mais comme un ajout m'était destiné j'aimerais préciser que je trouve votre propos très pertinent dans SA logique. Effectivement, 7 fois sur 10, un athée est un croyant déçu, à l'idéal frustré, pire : trahi et une laïcité bien pensée consiste à laisser chacun libre de son choix. Mon agnosticisme respecte l'opinion de chacun sous réserve que l'on en fasse de même pour moi. Cependant, j'insiste sur la notion de sphère privée concernant la religion. Pour chaque homme, c'est une affaire entre SON dieu et lui. Point final. Ensuite, lequel des deux a créé l'autre ? ... C'est leur affaire personnelle qu'ils débattront durant toute une vie avec des hauts et des bas. En réalité, vous craignez que ce qui reste privé s'étiole ce qui explique cette fâcheuse tendance à déborder du cercle de famille ... L'objectif n'est pas de vous confronter au réel mais de vouloir le transformer, pire l'aliéner. Freiner pour que subsistent les différences me semble donc constituer l'urgence même. Vous niez l'existence des dieux mais pas d'un seul si j'ai bien compris. Dieu est le terme générique derrière lequel on place tout ce qui nous échappe ... Un peu nébuleux pour servir de base à un dogme, vous ne trouvez pas ?
En fait, la religion est la trouvaille géniale qui permet de canaliser les hommes dans une direction prévue afin de servir de prolongement à la politique ce qu'un homme (ou une femme) libre ne saurait accepter.
Maintenant, s'il faut absolument trancher la question, je trouve aussi stupide de prétendre que Dieu existe que d'affirmer qu'il n'existe pas étant donné que c'est une notion purement abstraite.
Ecrit par : simone | 04 avril 2008
Bien entendu la note de MDT mérite réponse. A la hauteur du propos. Tous les commentaires aussi, il faut seulement que je m'y mette....
Satanés croyants
Ecrit par : teddy | 04 avril 2008
Merci à Pierre d’accorder aux croyants « qui partagent la même foi de se retrouver ensemble dans une religion et éventuellement un lieu de culte ». Mais en quoi cela dépassera-t-il l’inconvénient que j’exprimais au cours de mon post : « La foi comme un cocon rassurant où l'on se tient les coudes entre frères, alimentant davantage une dynamique d'exclusion que d'évangélisation » ? Vous me direz que ce n’est pas votre problème, mais celui de ces croyants… mais ne serait-ce pas alimenter ainsi cette dynamique de l’extérieur ? Voilà qui ne va pas les encourager à « vouloir s'engager au nom de cette foi dans la défense de valeurs universelles etc. » si on les engage à se décourager d’exprimer cette foi !
Quant à la phrase de Mallarmé : "L'homme est la source qu'il cherche", qu’on me permette de considérer qu’elle manque de munitions. La phrase est sympathique, d’autant qu’elle n’est pas totalement inexacte : c’est en effet en lui-même que l’homme peut chercher la source et, pourquoi pas, la trouver. Par contre, il n’a aucune chance de la trouver tant qu’il se veut la source : pas de chance. Ce qui coule… de source, c’est qu’ensuite il n’a pas d’autre alternative que « de ne voir ni en amont ni en aval quelque instance ni quelque loi qui détienne la clé de son destin, ni le sens de son cheminement » . Pas facile de voir quoi que ce soit dans la maison fermée à clef si cette clef a été avalée !
Passons sur « l'embrigadement religieux et les superstitions de tous bords » : c’est là polémique d’un autre temps puisqu’en-dehors de phénomènes purement sectaires, « l’embrigadement » a quand même du plomb dans l’aile, ce que je loue au même titre que vous. « Que l'homme libre prenne conscience que sa liberté n'est pas un donné, mais une prérogative à conquérir », pas de problème : ne comptez pas sur moi pour le contredire, mon propos n’étant pas si différent.
Simone, vous précisez fort justement que « 7 fois sur 10, un athée est un croyant déçu, à l'idéal frustré, pire : trahi ». Mais trahi par quoi… ou par qui ? Est-ce Dieu qui trahit, ou la représentation « idéale » que nous nous en faisons ? Parce que la projection à la Feuerbach, il n’est pas besoin d’aller la chercher bien loin : la source est parfois en soi, ce qui va réjouir les disciples de Mallarmé !
« Pour chaque homme, c'est une affaire entre SON Dieu et lui. » (Je me permets ici de rendre sa majuscule à Dieu, ce qui évite précisément de Le réduire à une représentation « idéale »...) Et vous avez parfaitement raison ! Chacun fait effectivement son salut, et pas celui de son voisin de palier. En ce sens, la notion de « sphère privée » ne me gêne nullement. Votre massif « point final » m’apparaît comme la crainte d’un affrontement entre plusieurs représentations « idéales » de Dieu : « idéales »… mais pas toujours concordantes, c’est le moins que l’on puisse dire ! Ce qu’on appelle d’ailleurs monstrueusement les « guerres de religion » sont plus véritablement des guerres de représentations. Quel que soit le camp choisi, il est absurde : hier comme aujourd’hui, tuer au nom de Dieu est un non-sens absolu.
Oui, si vous voulez : « je crains que ce qui reste privé s’étiole ». Exactement comme un superbe bouquet de roses qu’on laisserait délibérément dans la pénombre, de crainte de rendre envieux ceux qui n’en ont pas. Mais les végétaux ont besoin de lumière pour s’épanouir. Comme TOUT être vivant.
« L’objectif n’est pas de me confronter au réel, mais de vouloir le transformer, pire l’aliéner ? » Et je fais comment pour le « transformer » ou « l’aliéner » sans m’y confronter ? Par télékinésie ? Non, rassurez-vous : transformer pour le plaisir de transformer, ce n’est de toute façon pas ma tasse de thé. Transformer ce qui doit l’être avant que cela ME transforme dans un sens qui m’aliène et en aliène d’autres, un peu plus… Quant à « l’aliénation », tout dépend évidemment de la définition personnelle de la liberté : les uns peuvent paraître « aliénés » aux autres quand ils jouissent pourtant de plus de liberté, et vice-versa.
« Freiner pour que subsistent les différences », certes. La véritable urgence est justement de ne pas se laisser aliéner par tout ce qui les gomme au profit d’un universalisme insipide qui n’est qu’une caricature d’unité.
Pour « nier l’existence des dieux mais pas d’un seul », vous avez bien compris. Un peu moins à la phrase suivante qui commence mal… mais qui finit bien ! Personnellement, je réserve les génériques au cinéma, pas à l’église. Évidemment, si l’on considère que tout ça c’est du cinéma… Mais Dieu nous échappe, ce qui est heureux !!! Un Dieu qui ne nous échapperait pas peut effectivement perdre sa majuscule. Comme je l’exprimais plus tôt, Il est même allé jusqu’à ne pas S’ÉCHAPPER de la main des hommes. Navré, mais « je ne trouve pas » que la crucifixion soit une base « un peu nébuleuse ». Douloureuse oui, nébuleuse non. Et cela, ce n’est pas une « notion purement abstraite » !
C’est dire que la religion « trouvaille géniale etc. » se trahit elle-même –et trahit Dieu plutôt que Dieu ne la trahisse !- quand elle se met à la remorque de la politique. Je vous l’accorde : l’Histoire est pleine de ces attelages contre-nature. Mais après tout, l’Histoire n’est pas finie… et c’est chacun d’entre nous –« juifs, grecs ou païens »- qui contribuons à la continuer.
Enfin, puisque Dieu nous échappe par définition, qu’il le faille ou non, bien malin qui parviendra à « absolument trancher la question ». Permettez que je rectifie votre propos : ce qui est stupide, ce n’est pas de prétendre que Dieu existe ou n’existe pas : c’est de prétendre PROUVER l’une ou l’autre thèse.
Merci à Teddy de permettre à un « satané » croyant de s’exprimer chez lui. Promis : je garde mon « soufre » pour moi !
Ecrit par : MDT | 04 avril 2008
Il me semble, MDT que je pourrais discuter avec vous, pied à pied durant des heures ... c'est un vrai régal.
Je ne connais pas de plaisir plus grand que d'avoir face à soi quelqu'un d'intelligent qui raisonne à l'inverse de soi ... Attention au péché de vanité, quand même !
J'imagine que face à vos arguments, certains doivent perdre pied ou jeter l'éponge en se disant " c'est trop fort pour moi ... " Désolée de vous décevoir, mais je ne crois pas en cette histoire de crucifixion particulière (c'était très à la mode à l'époque et je pleure toujours Spartacus) mais il me semble que là, on a un peu forcé sur la description ... Au fait, il fut percé aux poignets ou aux paumes ? L'une des 2 hypothèses déclencherait avec le poids du corps, la déchirure. Il est vrai que le socle sous les pieds était là pour retenir (enfin ... en principe, car nous n'y étions pas - sauf à admettre la théorie du karma) - Quant à la Résurrection avec stigmates et tout et tout, alors là, pour le coup, il faut vraiment avoir la foi pour y croire ... mais cela a permis de construire la Légende. Il faut bien avoir une lecture avant de s'endormir, le soir. Pour ma part, je préfère à la Bible et au Nouveau Testament, La légende dorée des dieux et des héros de Mario Meunier. Un seul dieu ne me suffisant pas quand j'ai besoin de rêver.
Ecrit par : simone | 05 avril 2008
Il me faut revenir sur l'un ou l'autre arguments de MDT.
"La foi comme un cocon rassurant où l'on se tient les coudes entre frères, alimentant davantage une dynamique d'exclusion que d'évangélisation » ?
Je pense que la foi en un dieu (ou en plusieurs) est de toute façon une manière personnelle de se rassurer quant à son destin et ce dans un cadre culturel donné.
La foi du croyant n'a donc rien à faire de l'évangélisation, ni de la possibilité ou non d'exposer sa foi aux autres.
Il s'agit d'une relation intime et personnelle à son dieu qui peut déboucher sur un engagement humaniste.
Quand on voit défiler une marche pour la défense des droits de l'homme, par exemple, on se fout de savoir quelle est la foi des manifestants. On peut toutefois remarquer que dans le cadre de la défense ou la promotion de valeurs universelles, il y a "communion" autour d'un projet noble d'êtres humains de croyances différentes.
Ce qui n'a rien à voir avec la volonté de pouvoir des clergés des religions ou des sectes qui ne visent que leur propre pouvoir temporel et un pouvoir de contrôle sur les croyants.
La théorie des systèmes explique très bien ce fonctionnement.
(...)si on les engage à se décourager d’exprimer cette foi !"
C'est dans cette phrase que le bât blesse.
Si on entend par exprimer sa foi le fait de promouvoir des valeurs universelles de paix, de tolérance, d'amour , je suis d'accord.
Si on entend par exprimer sa foi le fait de se conformer aux prescrits religieux et de revendiquer l'application universelle des dogmes , je ne peux évidemment être d'accord parce que ce n'est que le signe d'une aliénation à une religion.
La foi est différente de la religion dans laquelle cette foi devient vénération.
Il y a également dans la phrase précitée, les prémisses d'un communautarisme qui donne à la communauté religieuse (dans ce cas) une prééminence sur l'individu.
C'est le contraire de l'humanisme.
Ecrit par : Pierre Kubick | 05 avril 2008
Il est INTERDIT d'avancer des contre-arguments avant moi.! Nom de Dieu à quoi çà sert que je me décarcasse sur mon clavier.
C0 fait rien, je fais paraitre une note en réponse.
MDT serait-il appelé au secours par Alberto ?
Ecrit par : teddy | 05 avril 2008
Je croyais qu'il était interdit d'interdire ? ...
Mais après vous, Monseigneur ! - Nous sommes désolés d'être plus rapides. "CO fait rien" ça veut dire quoi ???? Effectivement, MDT est plus coriace qu'Alberto mais c'est plus marrant ! - Je me retire ...
Ecrit par : simone | 05 avril 2008
Rebonjour,
Qu’on me pardonne de ne revenir que maintenant : c’est que j’ai d’abord mon blog à nourrir !
Navré de décevoir les uns et les autres, mais je ne connais pas votre Alberto : j’agis donc en quelque sorte en « free lance ».
C’est vrai, Simone : j’avoue partager avec vous un « vrai régal ». C’est vrai également que je raisonne « à l’inverse » : c’est… l’inverse qui manquerait un tantinet de cohérence. Donc, vous avez raison : tout ceci fait un peu partie de ping-pong. Et à tout prendre, je préfère lancer des balles inoffensives que des grenades prêtes à exploser. Chacun défend sa position, ce qui est de bonne guerre. Quant au péché de vanité, celui-ci concerne TOUS les joueurs sans exception : la vigilance est de mise, et merci à vous de me le rappeler. À mon avis, cette mise en garde de votre part concerne sans doute davantage le péché d’orgueil qui, lui aussi, se rit de toute frontière. Au fond, la vanité relève de ce qui est vain, comme son nom l’indique : donc, de ce qui mène à une impasse…
Vous ne « croyez pas en cette histoire de crucifixion particulière », ce qui est normal étant donné que vous êtes dans la logique du « raisonnement à l’inverse de soi » : par conséquent, vous ne sauriez me « décevoir ». Je connais quantité de gens qui, eux, y croient… ce qui, à d’autres égards, ne les dissuade nullement d’être plus incohérents que vous ! La crucifixion ? Non, on n’a pas « forcé sur la description». J’irais même jusqu’à suggérer que ce fut longtemps la tentation inverse qui a prévalu : de même qu’en un temps pas si lointain, il ne fallait pas « désespérer Billancourt », il ne fallait pas faire fuir les croyants par des descriptions cliniques trop crues pour les âmes sensibles. D’où cette erreur que vous soulignez fort justement, qui a perduré pendant des siècles dans l’iconographie chrétienne : les clous dans les paumes des mains. Sous le poids du corps, je vous confirme que ce que vous appelez « le socle sous les pieds » n’aurait rien retenu du tout, les paumes étant effectivement sujettes à déchirure. Les clous aux poignets, c’est plus « efficace » et –je le rappelle- infiniment plus douloureux à cause des nerfs médians directement reliés au cerveau. Tout ceci est purement clinique, donc indépendant de la foi ou de son contraire. Historiquement, la recherche dans cette direction est au fond assez récente : je ne saurais trop vous conseiller en la matière un ouvrage des années cinquante qui fait toujours autorité : "La Passion de N.-S. Jésus-Christ selon le chirurgien" (ed. Dillen, 1950) du Dr Pierre Barbet. Un tel livre n’était concevable qu’au siècle qui nous précède, fruit des apports de la science médicale qui n’existaient pas avant. « Une lecture avant de s'endormir, le soir » ? Oui… si vous avez du goût pour les cauchemars ! Mais là, je confesse dériver vos propos qui se réfèrent explicitement « à la Bible et au Nouveau Testament ».
Sopo, le Nouveau Testament ? Dans ce cas, je crains d’avoir inventé pour vous le narcoblog !… Reste à savoir si vous en aviez rêvé. Encore une fois naturellement, il faut tenir compte de notre indécrottable « raisonnement à l’inverse de soi ».
« Quant à la Résurrection avec stigmates et tout et tout, alors là, pour le coup, il faut vraiment avoir la foi pour y croire… » Que je sois anathème si je prétends le contraire ! Même les Grecs de l’Aréopage n’y croyaient pas du temps de Paul, et se retiraient en haussant les épaules. Ici non plus, ne comptez pas sur moi pour vous démontrer par a plus b que vous avez tort et que j’ai raison (ou inversement) : chacun dit ce qu’il a à dire selon ses convictions… et rendez-vous « de l’autre côté du voile » pour compter les points !
Enfin, un seul Dieu me suffit (en Trois Personnes : ça me rapproche de vous !) : cela m’évite d’avoir besoin de rêver… mais cela ne m’en empêche pas ! Au fait, toute « légende » trouve toujours quelque fondement dans le réel…
Pour finir, vous « imaginez que face à mes arguments, certains doivent perdre pied ou jeter l'éponge en se disant " c'est trop fort pour moi ... " » Oui et non. Disons que c’est plutôt la tête qu’ils perdent, et je préférerais effectivement qu’ils jettent l’éponge. Au lieu de cela, ils font pire : ils la refilent, toute moisie, à des personnes dont ils s’imaginent que " ce n'est pas trop fort pour elles... " : des personnes qui savent mieux que moi ce qui se passe dans ma propre tête. Pas grave : tant que je me tiens éloigné de ces extra-lucides des temps modernes, tout ceci me fournit une matière inépuisable -et assez délectable, ma foi…- à réflexion… et ce depuis des lectures que vous estimez rasantes. Pas trop le temps de rêver, finalement !
Pour Teddy, je crois que c’est à vous le service.
Pour Pierre, j’arrive. Mais chacun son tour… comme à la confesse. Oh pardon…
Ecrit par : MDT | 05 avril 2008
À Pierre, donc… en espérant que Teddy n’en prenne pas ombrage et ne me fasse pas « l’ours » !
C’est amusant d’ailleurs : Simone, puis Pierre. Ce qui n’est pas sans rappeler que le premier des Papes s’appelait Simon-Pierre. Simon-Pierre ? Un drôle de loustic, avec une drôle de destinée. La pêche, cela ne prédestine pas franchement à quelque inclination au « pouvoir temporel et au pouvoir de contrôle sur les croyants »… à moins que la théorie des systèmes explique aussi le fonctionnement d’un filet à poissons ? Simon-Pierre ? Il avait trop à faire à se contrôler lui-même avant que de songer à exercer quelque coercition à l’égard de ses semblables. Trois reniements en quelques minutes, cela vous vaccine de tout excès de vanité… à moins que ce ne soit de la faute du coq ?
C’est marrant, non ? « Dans le cadre culturel donné » du procès de Jésus, Simon-Pierre a adopté par trois fois comme « manière personnelle de se rassurer quant à son destin » cette simple réponse : « je ne connais pas cet homme ! » Il a pourtant été le premier témoin de signes que ni vous ni moi n’avons vu. Ben non : l’homme qui a accompli ces signes, il ne le connaît pas. Dans cette phrase aussi, le bât a fait plus que blesser.
« La foi du croyant n'a donc rien à faire de l'évangélisation, ni de la possibilité ou non d'exposer sa foi aux autres. » Ne seriez-vous pas en train de nous faire du Feuerbach, comme Mr Jourdain faisait de la prose sans le savoir ? De quel « croyant » parlez-vous ici ? De celui que vous croisez trop souvent, rasant les murs de crainte que vous ne le hachiez menu comme chair à pâté ? Du « croyant levain dans la pâte » d’un pain qui a plus de croûte que de mie ? In fine, d’un « croyant » que vous ne croyez pas… et d’ailleurs, moi non plus. Pour le coup, oui : s’il n’a rien à cirer de l’évangélisation, ce « croyant » adopte de fait une « manière personnelle de se rassurer quant à son destin ». Le principe de l’assurance-vie, en quelque sorte… transposé à une vie éternelle projetée pour plus tard. Beaucoup plus tard. Le plus tard possible… comme si on pressentait l’erreur de parcours qu’il faudra bien solder à l’arrivée. « Possibilité ou non d'exposer sa foi aux autres ? » Qu’on m’autorise à biffer le « ou non » : on peut exposer sa foi sans être un ayatollah pout autant ! Je conçois ce qu’elle peut avoir d’exaspérant pour celui qui ne l’a pas. Mais ce dernier n’est pas un pur esprit non plus : étant bâti de la même façon, lui aussi peut exaspérer. (Et je n’ose évoquer l’exaspération ENTRE croyants !…)
« Il s'agit d'une relation intime et personnelle à son Dieu qui peut déboucher sur un engagement humaniste. » C’est plus fort que moi : j’ai remis la majuscule là où il le fallait. Cela dit, vous avez parfaitement raison… et même davantage que des « croyants » sociologiques qui sont dans une telle « nuit de la foi » qu’ils ouvrent des yeux ronds quand on leur parle de « relation intime et personnelle » à leur Dieu ! C’est presque obscène à leurs yeux. Par ailleurs, je rectifie votre « qui peut déboucher » (cela sonne trop comme « sauve qui peut » !) par « qui DOIT déboucher » (sinon il reste le Destop®, mais je crains que ce ne soit un peu corrosif à la longue… )… « sur un engagement humaniste ». Plus modestement, je me réfère à titre perso à un engagement humain : les quelques siècles qui nous précèdent n’ont pas été avares en bains de sang consécutifs à des guéguerres permanentes entre « istes/ismes » et « anti-istes/ismes » (Le pianiste ne compte pas… à moins que vous ayez l’occasion de croiser aussi des anti-pianistes ?)
« … dans le cadre de la défense ou la promotion de valeurs universelles, il y a "communion" autour d'un projet noble d'êtres humains de croyances différentes. » Mais j’espère bien ! Sauf incident, nous avons tous une tête, deux bras, deux jambes et un tronc… commun, si j’ose dire. Pas besoin d’avoir la foi pour ouvrir les yeux et de ne plus savoir par quel « projet noble » commencer.
« Si on entend par exprimer sa foi le fait de promouvoir des valeurs universelles de paix, de tolérance, d'amour, je suis d'accord. » Et –presque- moi aussi, là encore ! Le « presque » tient simplement à ce que si la foi promeut des valeurs de fraternité, c’est D’ABORD parce qu’elle promeut des valeurs de paternité : un peu tristounette, la fraternité d’orphelins, non ?… Je sais : ce n’est pas très tendance, quoique… Quoique lorsque nous aurons bu jusqu’à la lie tous les paternalismes (tiens : un « isme » !) de substitution, nous serons bien obligés de revenir aux « fondamentaux »… sans devenir fondamentalistes (tiens : un « iste » !) pour autant.
« Si on entend par exprimer sa foi le fait de se conformer aux prescrits religieux et de revendiquer l'application universelle des dogmes, je ne peux évidemment être d'accord parce que ce n'est que le signe d'une aliénation à une religion. » Oui, mais à une condition : que ce « fait de se conformer » soit effectivement plus du conformisme que de la foi : c’est le suffixe qui, décidément, signe l’aliénation. Maintenant, si le « fait de se conformer » est assimilé intelligemment, c’est-à-dire intériorisé et donc propice à notre fameuse « relation intime et personnelle » à Dieu, il en va tout autrement. Et cela, difficile d’en juger de l’extérieur, surtout quand on n’a pas la foi. Cela exprimé, avec ou sans la foi, nous avons des yeux : on reconnaît l’arbre à ses fruits.
« La foi est différente de la religion dans laquelle cette foi devient vénération. » Mais la foi EST vénération : elle n’a pas besoin de le « devenir » ! Si elle ressent ce besoin, c’est qu’elle n’est qu’une coquille creuse. En ce cas, elle ne diffère pas d’une « religion dans laquelle cette foi devient vénération ».
« Il y a également dans la phrase précitée, les prémisses d'un communautarisme qui donne à la communauté religieuse (dans ce cas) une prééminence sur l'individu. » Un communauta… quoi ? Il y en a du ménage à faire dans nos habitudes linguistiques ! Mais je crois percevoir ce que vous craignez : une sorte de panthé…isme qui fusionne l’UN dans le TOUT, faisant peu de cas du parcours et de la personnalité de chacun. À ce propos, il faudrait s’entendre sur la définition de « l’individu » : être indivisible… ou « matériau » de base de l’individual.. isme ? Pour ma part, je lui préfère le terme de « personne » qui prête moins à ambiguïté, parce que « c'est le contraire de l'humanisme » MAIS le plus propice à éveiller les potentialités d’une pleine humanité. Voyez : je suis un « satané » croyant, et pourtant je suis plutôt à té. Terrible, non ?
Ecrit par : MDT | 06 avril 2008
Simone! Je plaisantais ben entendu et vous aussi j'espère. Il se trouve que ma réponse à ce long.... long discours devra attendre un peu car les aléas de la vie font que je n'ai guère de temps et ne ferais certainement pas l'ours. Mais quand je vais m'y mettre ....
Ecrit par : teddy | 06 avril 2008
"(...) si la foi promeut des valeurs de fraternité, c’est D’ABORD parce qu’elle promeut des valeurs de paternité : un peu tristounette, la fraternité d’orphelins, non ?
D'accord que la foi soit vénération d'un Père et donc du mythe de ce père ainsi que de sa parole (qui d'ailleurs n'en finit pas d'être interprétée pour opposer par exemple la théologie de la libération à l'Opus déi, mais bon).
Constatons également qu'il y a dans les trois grandes religions monothéistes des valeurs universelles.
Les laïques ne forment donc pas une fraternité d'orphelins (ce qui n'a aucun sens d'un point de vue athéiste) mais une fraternité d'Hommes qui favorise la liberté mais aussi l'égalité ce qui est impossible avec des "Pères" et leur famille différents.
Et c'est bien là que se situe le danger du communautarisme qui oppose la communauté ( porteuse des valeurs traditionnelles) à des valeurs comme la liberté, l'égalité,....ou l'individualisme qui repose sur la liberté individuelle et l'autonomie morale.
Ecrit par : Pierre kubick | 06 avril 2008
Teddy, rassurez-vous : je faisais plus volontiers référence à l’ours en peluche (teddy bear) qu’au féroce plantigrade qui va se planquer dans le fond de sa grotte pour hiberner !
Pierre, vous « mystifiez » bien vite le père : je n’ose croire que vous soyez conçu par l’opération du saint Esprit !… (Remarquez : cela s’est vu, mais UNE SEULE fois. Mais là, je crains que vous ne m’opposiez un autre « mythe » !) Je déplore avec vous les interprétations qui ont pour effet de s’opposer au lieu de s’enrichir mutuellement. Mais ces interprétations ne produisent jamais que des paternalismes, y compris d’ordre spirituel. Ne sont-ce pas ces paternalismes –caricatures parfois habiles de la paternité- qu’il convient de démystifier ? Le Père que j’évoque n’est ni le père Noël ni le père Fouettard : c’est celui qui est Autre et qui nous laisse être nous-mêmes autres, quitte à nous laisser librement jouer les prodigues… en interprétant différemment sa paternité, par exemple !
La « fraternité d’orphelins n’a aucun sens d’un point de vue athéiste » ? De ce point de vue en effet, voilà qui est parfaitement cohérent. Mais c’est UN point de vue. Si j’ai un appartement à Nice avec vue sur la mer, j’aurai du mal à avoir un point de vue sur la pointe du Raz : cela n’empêche pas la pointe du Raz d’exister. Inversement, je n’exigerai pas d’un Breton qu’il me décrive son point de vue sur la Baie des Anges. L’une comme l’autre existent : ce n’est que la géographie qui les oppose ! On peut aller jusqu’à imaginer un débat entre un Breton et un Niçois, chacun confrontant son point de vue à celui de l’autre : tous les deux auront raison… et tous les deux auront tort. Vous me direz que le point de vue que vous exprimez n’est pas du même ordre, et qu’il est plus facile de prendre l’avion de Nice à Brest afin de vérifier les dires des uns et des autres que de vérifier la légitimité du Père : les lignes d’Air Inter ne vont pas jusque là ! Nous sommes donc contraints de ne voir le père que dans sa ressemblance avec le fils : l’un ne se voit pas, l’autre si. Que je sache, ni vous ni moi sommes invisibles. En cela, nous rejoignons une incontestable fraternité au-delà des différences de points de vue quant à nos définitions de ce mot.
Venons-en justement à la vôtre : « une fraternité d'Hommes qui favorise la liberté mais aussi l'égalité ce qui est impossible avec des "Pères" et leur famille différents ». Je remarque au passage dans ce blog que Dieu prend une minuscule, et l’homme une majuscule : au-dessus de lui, nobody. (Cela dit, sur un site intitulé LAÏCITÉ, ATHÉISME & CRÉDOPATHIE, je ne m’attendais pas non plus à tomber sur un blog défendant avec ferveur la pertinence des dernières encycliques papales !…) Au fond, n’est-ce pas un transfert de paternité qui ne veut pas dire son nom ? On nie la paternité, afin de se l’approprier : d’où la majuscule à l’homme. Favoriser la liberté, quel honnête homme pourrait s’y opposer ? Mais aussi l’égalité ! Quelle « égalité », d’ailleurs ? Avec ou sans père, il suffit de regarder autour de soi pour constater qu’elle n’existe pas. Chacun a son histoire, qui n’est pas celle de son voisin même si elle y rencontre inévitablement des points de jonction… voire de dissension. Il y a des petits, des grands, des blonds et des bruns etc. Sans parler des légitimes différences culturelles d’un peuple à l’autre. Bref, des points de vue strictement naturel ou culturel, de quelle égalité parle-t-on ? D’une égalité de traitement par le simple constat d’une égale dignité d’homme ? Alors, j’applaudis des deux mains ! Mais ici comme ailleurs, on juge l’arbre à ses fruits : si cette égalité s’avère à l’usage un outil de nivellement qui réfrène les plus grandes libertés SANS favoriser celles des moins nantis, en quoi la liberté est-elle globalement favorisée ? Vous dites que c’est « impossible avec des "Pères" et leur famille différents ». Si vous avez du Père une image de père Fouettard, je vous l’accorde. Celui-ci a tendance à laisser le plus fort écraser le plus faible. Inversement le « papa-cool » laisse le plus faible écraser le plus fort (le paradoxe n’est qu’apparent : l’union -des plus faibles- fait la force !). Vous faites justement remarquer que les pères et leurs familles sont différents. Mais pourquoi ne voir dans cette différence qu’une source inéluctable d’oppositions ? Elles existent, c’est vrai. Mais existe plus encore un formidable potentiel d’enrichissements mutuels. C’est un peu comme si l’on prenait un électron positif et un électron négatif : associons les deux et nous avons du courant électrique. Tout les oppose a priori, mais nous sommes quand même bien contents de profiter des bienfaits de la fée électricité. Devrait-on supprimer le père –le générateur- pour ne pas risquer le court-circuit ou l’électrocution ? Et puis, bon courage pour baguenauder sur nos blogs à la lueur d’une bougie ! En ce sens, je ne vois pas en quoi la présence du Père rend « impossible » la liberté comme l’égalité, tant qu’il s’agit de celle du traitement dû à chacun. Au contraire, voyant le Père comme celui qui éclaire, je le vois comme celui qui recule les frontières de l’impossible… mot qui, par ailleurs, ne fait plus guère partie de mon vocabulaire personnel. Là où nous retrouvons l’égalité, c’est que cet éclairage est le même pour tout le monde : le soleil ne brille-t-il pas « sur les bons et les méchants » ?
« Et c'est bien là que se situe le danger du communautarisme qui oppose la communauté ( porteuse des valeurs traditionnelles) à des valeurs comme la liberté, l'égalité,....ou l'individualisme qui repose sur la liberté individuelle et l'autonomie morale. » Raisonner en termes de « danger » a l’avantage d’éveiller à une certaine vigilance… et l’inconvénient de porter en germe cette fâcheuse tendance –que je soulignais plus haut- à traduire les différences en irréductibles oppositions : question d’équilibre, sans doute.
Comme je vous l’écrivais pas plus tard qu’hier, il y en a du ménage à faire dans nos habitudes linguistiques ! Ainsi, vous opposez le communautarisme à l’individualisme, avec à ce qu’il me semble une nette préférence pour ce dernier. Le communautarisme est un anti-individualisme et l’individualisme est un anti-communautarisme. Dans cette logique, vous m’imaginez probablement –en tant que croyant- comme un défenseur acharné du « danger » que vous redoutez. Alors, vous m’avez mal lu hier soir ! N’ai-je pas conclu que j’étais davantage à « té » qu’à « iste/isme » ? Il s’agit moins de jouer sur les mots que de leur faire dire ce qu’ils sont, et rien d’autre. Dans le cas contraire, ce sont eux qui se chargent d’être le contraire de ce qu’on leur fait dire : à cet égard, la palme d’excellence revient haut la main à ces fameux « istes/ismes ». Ouvrez n’importe quel manuel d’Histoire contemporaine –même (voire surtout) suspect de « révisionn…isme »-, et vous m’en direz des nouvelles.
Alors, qui sait : l’athéisme… une chance pour la foi ?
Ecrit par : MDT | 06 avril 2008
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