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14 juin 2006
PENURIE D'EAU DANS LE SAHEL TUNISIEN
Tozeur est une petite ville de Tunisie, à la frontière de l’Algérie et au nord-est du Sahara. C’est aussi, l’une des oasis les plus célèbres du monde, irriguée par 200 sources. Elle abrite une splendide palmeraie de plus de 1 000 hectares avec 400 000 arbres. Un véritable coin de verdure entouré de dunes et de désert de pierre Depuis des générations, cette palmeraie nourrit les êtres humains qui y vivent de la production maraîchère (salades, blettes, carottes, bananes, dattes...) qui garantit l’équilibre alimentaire de cette population aujourd’hui sédentarisée ; l’organisation agricole, centrée sur une utilisation raisonnable de l’eau, permet une production vivrière importante. Un plan d’irrigation d’origine arabe assure une répartition de l’eau. Chacun a alors accès gratuitement à l’eau, les conflits inhérents à l’arrosage sont réglés par un tribunal populaire souverain qui assure l’équilibre social.
Le tourisme ravageur
Or ce fragile équilibre économique et social va être fortement remis en question au début des années 1990, période durant laquelle le gouvernement donne la priorité au tourisme international. Dans cette région et plus tard vers Monastir et Sousse, il finance la construction d’aéroports internationaux (Tozeur, puis Djerba et Monastir) Des dizaines et des dizaines d’hôtels de grand standing apparaissent pour attirer des touristes du monde entier vers des séjours clés en main. Tout est garanti par le tour-opérateur, de la fête berbère le soir, avec musiciens « folklorisés », jusqu’à la méharée de quelques heures sur des dromadaires.
Coupés de toute communication avec la population locale, les touristes participent à cet “apartheid” touristique où les quelques contacts existants sont essentiellement d’origine commerciale. Il faut comme nous chercher un contact particulier avec notamment les chauffeurs de taxi qui peu à peu perdent leur “neutralité et se laissent à critiquer sévèrement cette nouvelle politique. Bien souvent, ils tiennent Ben Ali comme un petit dictateur. Pour les uns il ouvre les portes à la mondialisation, c’est à dire à Satan et d’autres, comme laissant le champ libre à l’islamisme. Cette impossibilité de dialogue ne permet à aucun moment à ces deux mondes de se comprendre ni de partager les mêmes préoccupations.
L’industrie hôtelière consomme l’eau sans retenue : forages pour l’irrigation, les jardins et les pelouses, canalisations d’eau potable, assurent l’approvisionnement des réserves à touristes. Allant de pair avec une fragilisation du régime des pluies et à une montée générale de la moyenne des températures annuelles, la situation des agriculteurs s’est ainsi fortement dégradée. L’eau est désormais payante pour l’arrosage des palmeraies (150 euros par hectare et par an pour un arrosage hebdomadaire). A ce prix, peu d’agriculteurs ont pu survivre. Progressivement, les travailleurs des oasis quittent le travail des champs pour se consacrer aux activités touristiques, tournant le dos à des siècles de survie sur leur territoire. Sur le plan financier, face au manque de liquidités, l’économie touristique demeure la seule source de revenus monétaires qui dépend du contexte international, par exemple en période de médiatisation des attentats, la venue des touristes en reste dépendante.
Cette catastrophe écologique programmée ne sera pas sans conséquences sur les personnes les plus fragiles de la communauté, c’est-à-dire les jeunes. Quelques-uns vont trouver des emplois fixes dans les hôtels et chez les tour-opérator. La grande majorité, plus flexible encore, (saison, intérim) sert de réserve pour s’ajuster à la demande touristique.
Dans le domaine culturel, la référence devient le modèle occidental. L’attraction du tourisme de masse génère des besoins que la production locale ne peut satisfaire. Les jeunes sont prêts à vendre leur âme pour obtenir une pièce, un objet ou même une adresse. Premiers éléments de l’illusion migratoire qu’ils entretiennent comme seule issue à leur frustration.
Réflexion d’un témoin : « Il y a quelques années encore, les jeunes voulaient bien faire des efforts pour respecter la tradition, mais maintenant, cette jeunesse nous désespère. Ils [les jeunes] ne veulent plus travailler la terre de nos ancêtres, ils préfèrent se pervertir au contact des groupes de touristes. Ils cherchent l’argent et pas l’amitié : ce sont deux choses différentes. Le musulman doit accueillir l’étranger et partager avec lui ce qu’il possède de meilleur. Au sujet de la religion les Tunisiens adoptent une sorte de religion “laïques” si j’ose dire, croyant certes de naissances mais peu pratiquant dans le quotidien. Seules les femmes les plus âgées portent le voile traditionnel. A Tunis par exemple les jeunes filles ou femmes sont soit totalement européanisées, soit coiffés d’un seul voile à la mode, quelquefois bras-dessus, bras-dessous.
Dans le sud tunisien, cette pollution physique et morale est symbolisée par le recul des palmeraies au profit du désert ou sert de réceptacle à bouteilles en plastique d’eau minérale. Seules 25 % des terres sont cultivées, et de nombreux palmiers meurent faute d’arrosage et d’entretien. De plus, un chantier pharaonique de construction de golf en plein désert défigure les abords de la palmeraie de Tozeur. Comment faire pousser du gazon avec 50°C à l’ombre durant la moitié de l’année ? C’est le pari relevé par ce chantier de terrassement qui va puiser dans la nappe phréatique pour maintenir des gazons plantés en plein désert. On peut donc penser que le pire est encore à venir...
Voilà comment un pays, depuis l’Indépendance, autosuffisante au niveau alimentaire, fière de sa culture et de son identité, a laissé à une minorité le soin d’organiser son avenir. Les projets touristiques tournent le dos à la tradition pour imposer une industrie hôtelière au service des touristes occidentaux et autres, d’une minorité possédante, qui feront du golf sous les palmiers. Plaisir d’ailleurs quelque part obscène et dérisoire, qui déséquilibre une économie encore fragile, une écologie condamnée et envenime les rapports sociaux de la population.
C’est l’un de ces jeunes berbères qui par dépit ou rage, voulant créer ici sa petite intifada personnelle s’est armé d’un pavé et me l’a lancé (heureusement quand même, loupé) dans ma fenêtre.
In’ch allah
15:45 Publié dans PHILOSOPHIE RELIGIONS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : religion, dieu, foi, jesus, christianisme, monothéisme, athéisme




Commentaires
La position des pays industrialisés face à l'Afrique n'a pas changé. Pendant la colonisation, il y a eu une importation forcée d'un mode de vie et/ou d'un système économique pas inadapté et irrespectueux des coutumes et modes de vie locaux... d'où les problèmes des pays africains actuels. Ceux-ci sont maintenant aggravés par l'importation d'un système touristique encore un fois pas du tout adapté aux situations locales. ça en est presque déprimant... :-((
Ecrit par : lechil | 14 juin 2006
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