12 mai 2006

JE VAIS AUX PUCES

Décidément le hasard ! Sur le blog de ma Charlotte préférée, je lis : puces de Montreuil !!! C’est toute une époque de ma vie qui me saute à la figure et lorsque j’y pense des images des sons et des odeurs resurgissent.
Et si nous faisions une petite visite très rétro blues sur cette période, au lieu de nous lamenter sur la tragi-comédie qui nous jouent ces messieurs de la “Haute”. La France d’en bas elle commence là.
Cette ballade, est anachronique elle commence à la fin des années 50 début 60. Montreuil haut est derrière nous et nous avançons vers Paris, 20 ème.

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Suivez le guide :
Les puces s’étendaient de part et d’autre de la rue de Paris sur les ruines d’immeubles détruits par les Anglais « par erreur », en vérité un largage à l’aveuglette. A gauche les “pauvres” puces et à droite jusqu’à Bagnolet, la “chine” et le « neuf » Dans l’ordre : les pauvres qui ne vendaient que des rogatons, on voyait jusqu’à des dentiers et des sous-vêtements féminins à qui avait réussi à rendre l’aspect du neuf. Le neuf c’était la fringue, la vaisselle, les chaussures etc. Plus loin c’était le mobilier, des boutiques cette fois-ci qui s’avançaient jusqu’au Boulevard Davout. Le tout pour pas très cher. Cette partie du marché existe partout, mais ce qui fait le charme des puces de Montreuil, c’est la « chine » populaire, pas celle du Marché Suisse ou des sublissimes puces de Clignancourt.

C’est là que j’ai volé mon premier disque? un 78 tours d’Armstrong : Saint Louis Blues. (mon dernier, c’est peut-être demain, quoique à mon âge et le Peer to Peer….) Pour cela nous avions une technique « à la manouche ». Nous avions choisit le plus “glauque” d’entre-nous, qui en remettait une couche, et dont le rôle était d’attirer sur lui l’attention soupçonneuse du vendeur forcément inquiété par cette gueule de fourbe qui manipulait les vinyles, faussement nonchalant. Pendant de ce temps là, avec nos gueules d’anges, nous fourrions dans nos blousons des dizaines de 45 tours. C’était le bon temps. Dans les rues adjacentes se trouvaient de petites gargotes, de baraques à frites (à l’huile de cheval parait-il) avec dans les arrières salles des chanteurs de chansons populaires, accompagnés par un accordéon plus ou moins désaccordés. Un avatar des buvettes de Nogent où la guinche et le vin blanc tournaient les têtes
Le récit que nous fait Charlotte est typique de l’état d’esprit qui règne sur ce marché et qui régnait alors. Un souk à la” parigotte” dans lequel des arabes, que nous appelions des sidis, vendaient des tranches de pastèques pour trois sous. Cette attraction, dans le bon sens du terme, était LA sortie du week-end des citadins des environs, Montreuil, Bagnolet, Vincennes et le 20 ème.
Sur la photo du haut de Charlotte, c’est le périphérique extérieur. Et bien c’est sur celui-ci que j’ai connu mes premiers émois sexuels avec une petite demoiselle bien dévergondée pour son âge. Pas en voiture, espèce de lecteurs lubriques, mais dessus. Je m’explique : cette voie a été creusée dans les fortifications, les Fortifs”, la zone, la vraie, où vivaient des milliers de personnes, surtout des manouches. Le jour on pouvait donc traverser vers la porte des Lilas et avec ses coins et recoins c’était un endroit propice pour les amours adolescentes et furtives. La « Zone » était la nuit un coupe-gorge, personne de l’extérieur ne s’y aventurait et ce, depuis des années, c’était le terrain d’élection des apaches, que Regiani a campé avec le talent qu’on lui connaît dans «casque D’or » Justement cette femme la vraie pas Simone Signoret, je l’ai connu, à la fin de sa vie bien sûr, toujours d’après le récit de ma mère. Tout au début de cette rue d’Avron, que nous cite Charlotte, Casque d’or, vendait dans sa petite voiture des « quatre saisons » (une voiturette que l’on tirait ou poussais à bras chaque jour), des pommes, des poires et plus tard des scoubidous. C’est certainement une légende maternelle, mais en passant nous lui achetions toujours un fruit, comme çà, pour le fun comme disent aujourd’hui les d’jeuns. Juste en face de son lieu de travail, il y avait « l’Hôtel Moderne »et c’est là que j’ai passé ma nuit de noce. Je ne me rappelle plus les détails qui d’ailleurs n’intéressent personne, mais du petit matin ou allant boire mon caouia, je me vis dans la glace du « Réveil Matin ». Ce n’était plus moi, en un instant, ce dont je me rappellerai toute ma vie, tout a basculé, une page était tournée, et là comme un con, j’ai eu une frousse impossible à définir. J’entrais dans un monde d’adulte et je comprends très bien ceux qui reculent. Quant à moi ce n’était plus possible, celle qui m’attendait (et les croissants chauds), était porteuse d’espérance depuis 4 mois déjà. Pour la petite histoire cette espérance s’appelle Laurence.

Pour l'occasion, je portais un costard de chez Darty. Attention pas le Darty d’aujourd’hui, avec un costard en plastique ! un vrai, sur mesure, et oui ? Comment cela se faisse ? Et bien j’men vais vous l’raconter.
Au départ, aux puces, il y avait une petite boutique de vêtement, le papa était juif, comme tous les tailleurs du quartier et d’ailleurs, et ce papa jouait au foot avec mon grand-père. Leurs fils firent de même et lorsqu’il fallait se nipper, c’était quasi-cadeau, y compris pour mon propre mariage. Pourquoi cette anecdote ? Parce que ce fils eut une idée de génie. Il racheta une petite boutique qui vendait des postes de radio et de télévision, retapés. Et sa trouvaille fut de mettre les télés dans la vitrine FACE à la clientèle. Puis il racheta un peu plus loin une autre boutique, et une autre. Vous connaissez la suite. A cette occasion, j’avais trouvé un jeu de mot, qui ne vaut pas tripette ou une peau de lapin, qui ne fait sourire personne, mais puisque comme administrateur de ce blog j’ai tous les droits, je vous le cite quand même. Le personnel de cette enseigne aura plus tard un comité d’entreprise, et un atelier de loisir : une chorale, que j’ai nommé « Le Chœur Darty Show » ! Bon, je sais….. .
Le jour avec ces coins et recoins c’était un endroit propice pour les amours adolescentes et furtives

Tiens ! Je vais vous faire écouter la face B du disque « After you’ve Gone » enregistré en 1929. A ce sujet je rappelle à la population qu’il existe un blog forcément extraordinaire, qui illustre cette période, et que sur ma première note il y a la face A du disque.
podcast


Commentaires

Mais il ne se passe plus tout ça maintenant… oh la la que c'est dommage…
J'adore tes histoires Teddy. Et celle-là sent particulièrement bon… Ou c'est peut être la musique qui me fait cet effet… Je verrai les puces de Montreuil toujours sous ton angle maintenant…

D'ailleurs il faudrait que j'y retourne dimanche prochain car j'y ai vu une étagère année 60 très sympa pour mon nouvel appartement… Je sais juste pas comment je vais la transporter sans voiture… mais bon.

Ecrit par : Charlotte | 15 mai 2006

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