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26 avril 2006
DE SIDI-FERRUCH A SETIF
Messali Hadj
La conquête française de l'Algérie a été déclenchée fortuitement : en 1827, le dey d'Alger donne un coup d'éventail au consul de France qui refuse de s'engager sur le remboursement d'un prêt puis en 1830, Charles X décide d'envoyer une expédition punitive à Alger. Trois semaines après ce débarquement, le dey d'Alger donnera sa capitulation.
Sous couvert d'une expédition punitive, l'opération se transforme en guerre de colonisation. Voir ma note précédente.
La Guerre d’Algérie
Le rejet de la présence française, donc de la colonisation, a été constant et non fortuit. Le dater de l’époque contemporaine, c’est effacer les raisons originelles de la “guerre d’Algérie”. Par exemple en 1836 les troupes françaises devront battre retraite face au bey de Constantine Ahmd. Les Français mal équipés pour le froid seront surpris par la neige et se retireront sans livrer bataille. La conquête de l'Algérie était compromise. A noter également, la révolte des Ouled Sidi Cheikh en 1864, dans le sud oranais qui a duré plus de dix ans, qui ne devrait pas être oubliée, et pourtant…
Le nom qu’a pris ce conflit ne doit pas faire oublier le choix plus que douteux du terrorisme pris dès1954 par le FLN pour arriver à l’indépendance qui parallèlement agissait sur le plan diplomatique et réussit en 1958 à introduire pour la première fois dans l'agenda des Nations-Unies la question algérienne, ce qui représenta pour lui un franc succès. Ce conflit fut inscrit dans le cadre du processus de décolonisation qui se déroule depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Outre celles que je cite plus haut, l’une des principales causes du déclenchement de cette guerre réside dans la nature même de la IVe République et la frilosité devant le problème que posaient les Algériens. Alors que des milliers d’Algériens, (68 000 combattants dans la Guerre de 39/40) et que plusieurs intellectuels revendiquent l’égalité des droits, les Algériens musulmans sont considérés comme des citoyens de seconde zone par le régime de l’indigénat, alors que les représentants des colons au Parlement français constituent une minorité de blocage ; Bel exemple de justice sociale. En 1945, certains colons organisés en milices pratiquent une répression aveugle d’une manifestation et sont responsables d'un véritable massacre. L'armée française a reçu l'ordre de rétablir l'ordre le fait sans ménagement pour la population civile. Comme toute colonisation celle-ci devait cesser.
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Algérie connaît depuis quelques mois une situation alimentaire catastrophique, et une certaine tension règne dans ces départements français. Dès mars 1944, le Comité français de la Libération nationale, dans la foulée avait adopté une ordonnance attribuant d'office la nationalité française, sans modification de leur statut civil religieux à tous les Indigènes disposant de certains diplômes tels que le certificat d'études, de décorations militaires, etc. Environ 62 000 combattants en bénéficient, quant aux simples algériens, makach bono. Quant aux nationalistes algériens Messali Hadj et Ferhat Abbas, ils espéraient beaucoup de la première réunion de l'ONU à San Francisco le 29 avril 1945. Hélas.
Le massacre de Setif.
Le 1er mai 1945, jour de la fête du travail, tandis que le service d'ordre des algériens veillait au désarmement des manifestants pacifiques, «afin de montrer aux autorités françaises et à l'opinion internationale la volonté des algériens de vivre libres et indépendants» qui demande la libération de Messali Hadj, des Européens se mirent à tirer sur les manifestants de leurs balcons. Puis la police se mit à tirer sans sommations. Il y eut plusieurs morts et sur les 9 blessés graves transportés à l'hôpital Mustapha, aucun ne survivra. Ce même jour à Oran, on releva 1 mort et plusieurs blessés parmi les Algériens.
Le 8, à l'annonce de la reddition allemande, une grande manifestation spontanée, à l'appel de Messali Hadj, distincte de celle des européens qui devait avoir lieu l'après midi, envahit les rues de Sétif. Un peu moins de 10 000 Algériens, chantant l’hymne nationaliste Min Djibalina (De nos montagnes), défilent avec des drapeaux algériens qui figurait parmi ceux des pays alliés anglais, américain et russe. Des pancartes fleurissent : « Indépendance pour l’Algérie » réclamant la liberté pour les Algériens après les combats qu'ils ont livré pendant la guerre au côté des Français. En tête du défilé marche une patrouille de scouts musulmans dont le chef brandit un drapeau algérien. Deux flics, trop zélés tentent de s’emparer du drapeau et un gendarme abat le pacifique manifestant Aussitôt les forces de l’ordre tentent d’arracher tous les symboles de l'indépendance qui passent sous leurs yeux. Colère de la foule résultats 28 morts chez les Français. Le Constantinois est en feu et une chasse aux blancs est organisée, le nombre de colons tués est estimé à 109, des femmes sont violées, on évoque alors des actes de barbarie.
Affolé, le gouvernement français lance l'armée, (dix mille soldats) dans une répression violente contre la population civile. La marine et l'aviation, de conserve, bombarde la population de Sétif. Ces troupes viennent de la Légion étrangère, des tabors marocains, des tirailleurs sénégalais et algériens. L’armée est en sous effectif en cette période de guerre, aussitôt des milices se forment sous l'œil bienveillant des autorités, et se livre à une véritable chasse aux émeutiers, dans un déchaînement de folie meurtrière. Des prisonniers de guerre allemands et italiens sont libérés et armés pour participer à une répression atroce et disproportionnée, tant la peur d’une révolte générale était grande. De Gaulle nomme aussitôt un ancien résistant pour tenter d’arrêter la répression. La milice est dissoute, mais le commissaire est vite mis sur la touche. La répression prend fin et pourtant des officiers exigent la soumission publique, à genoux, des derniers insurgés sur la plage des Falaises, non loin de Kherrata.
Peu de citoyens français protestèrent contre ces massacres. Par exception l'un d'eux, le professeur Henri Aboulker, grand médecin juif et résistant, s'éleva contre le massacre des 109 victimes, réclamant certes la sanction sévère des algériens meurtriers et provocateurs, mais à l'issue d'une procédure légale régulière. Par là même, il dénonça surtout et sans réserve les massacres massifs et aveugles de milliers d'Algériens innocents
Les nationalistes algériens considéreront cet épisode comme une extermination systématique à caractère ethnique de tout ce qui vivait dans l’arrière pays et des vastes régions de l'est algérien, à l'abri du regard des troupes alliées, (anglaises, américaines, canadiennes) Le mot génocide n’est pas loin, incongru, mais objectivement nous pourrions penser à un crime de guerre ou contre l’humanité.
Et notre Bouteflika de sauter le pas.
Ce terrorisme d’Etat qui causa la mort d’entre 10 000 et 45 000 Algériens est inscrit dans la mémoire collective algérienne ce qui alimenta la montée d’un nationalisme plus dur, qui débouchera sur l’insurrection. Ce qui fera l’objet, si vous le voulez bien, d’une dernière note sur cet échange d’horreur inhérente à toute guerre, y compris de décolonisation de l’Algérie.
16:39 Publié dans PHILOSOPHIE RELIGIONS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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