10 février 2006

LE PARI DE PASCAL ET LA FRAYEUR DE A*

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C’était au début des années 80 et j’étais conseiller de clientèle. Parmi celle-ci un jeune kiné, A*, auquel j’ai rendu quelques services non orthodoxes, comme ça et gratuitement. En retour lorsque j’eus besoin de soins pour cette putain de cheville toujours la même, c’est lui qui me remis sur pied. (Wouaff). Après avoir sympathisé, nous nous sommes liés d’amitié et devenus amis. Il avait pour petit ami un médecin, juif tunisien, qu’il me présenta sans ambages. Ils nous invitèrent, ma femme et moi plusieurs fois chez-eux, par exemple à un baptême juif de l’un des neveux du toubib. Cette amitié bien entretenue nous amena à évoquer tous les malheurs du monde et à le refaire ; Comme il est de bon ton chez les gens de gauche, de parler de religion et de l’affaire Dreyfuss comme tout le monde, bien installés dans des fauteuils, pendant une soirée très bien arrosée d’ailleurs. Et de parler de leur particularité.
Nous sommes allé au fond du sujet si j’ose m’exprimer ainsi, sans tabous ni à priori, du moins je l’espérais. Conscients sans amertume que je ne pouvais intellectuellement concevoir l’homosexualité, sans le condamner, toutefois, ils ne m’opposaient pas un militantisme gay qui n’existait pas à l’époque. C’est dire sans retenue que nous avons parlé de tout et je ne cachais ni mes griefs ni mes arguments. Bref une conversation mondaine et pourtant bien précise. Nous avons abordé tous les angles du problème. Même les plus intimes et pourtant nous nous quittions sans animosité. C’est pourquoi lorsque l’on m’oppose ici ou là une méconnaissance de l’homosexualité, cela me fait sourire.
Quelque temps plus tard mon ami-client espaça ses visites professionnelles et je discernais dès lors un problème. De couple me disais-je. Hélas c’était bien plus grave, puisque le petit docteur, le plus efféminé des deux, ce qui était un sujet de plaisanteries entre-eux et moi fut atteint du sida. Maladie à l’époque pratiquement inconnue. Le désespoir de A* fut double, comme il me le confia : la crainte de la mort et la douleur d’avoir été trompé, selon lui, par un compagnon volage.
Ce fut très rapide, et l’enterrement auquel j’ai assisté au cimetière de Pantin section “israélites”, fut plutôt discret, comme le rabbin d’ailleurs, qui malgré tout, dans son petit discours, laissa entendre que son client était décédé dans le péché.

Vous devinez la suite. Quelque huit mois après ce fut au tour de mon ami le kiné de tomber malade. Aussitôt, autour de lui ce fut le grand désert. Déjà que ses anciens amis et sa famille (à part sa sœur) l’avaient laissez tombé depuis belle lurette à cause de son comportement sexuel, comme l’on dit aujourd’hui.
Je lui ai rendu visite dans son magnifique appartement à plusieurs reprises, pouvant ainsi constater la dégradation qu’apporte cette putain de maladie. Je savais depuis nos conversations antérieures qu’il était un catholique du dimanche et lorsqu’il évoqua le problème de sa mort prochaine, il éluda la question tandis que sa frangine parlait d’incinération.
J’avais beau comme tous les imbéciles de la terre devant cette échéance, parler de guérison ou de stabilisation, il n’était pas dupe, la terreur s’empara de lui, jusqu’au jour où il fallut l’hospitaliser à la Salpêtrière (pour les non parisiens : non pas Salle Pétrières, mais du nom du salpêtre recueilli sur les murs de cet ancien hôpital parisien datant de plusieurs siècles) Cette terrible angoisse fit place à l’épouvante que je pus lire dans ses yeux le jour de son décès, où par hasard je lui avais rendu visite.

Pourquoi vous racontai-je cela ? Parce que quelques instants auparavant, alors que j’étais descendu un moment pour respirer un air autrement moins oppressant que celui qui régnait dans la chambre, désertée d’ailleurs par l’équipe médicale qui avait tant à faire avec les vivants ou presque morts du service, un homme en noir s’était approché du lit.
Un curé renifleur un rapace, une hyène aux dents jaunes, (Je dis ça parce que je suis toujours en colère) qui venait chercher je ne sais quoi dans les draps nauséabonds d’un type à l’agonie.
Et j’ai assisté alors à une scène affreuse. Mon copain voyant entrer cette soutane avec à la main un petit nécessaire, me lança un regard terrible et en me criant : “ Non pas çà ! Dis, je ne vais pas mourir ? ” Il est mort devant moi.

A la fois par rage d’avoir vu un mec mourir sans que je puisse faire quelque chose et par le spectacle de ce busard, j’ai viré, méchamment je l’avoue, le cureton et son extrême-onction. Au grand dam des infirmières. J’ai appris que c’était sa sœur qui avait pris cette décision seule sans en parlé à son frère, Bah, tiens !

ALORS LE PARI DE PASCAL…….. !!


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